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de la laïcité

Laïcité: Une passion française I. Des origines à la Révolution française

Écrit par conte. Publié dans Débats

L’alliance tumultueuse du trône et de l’autel

« Paris vaut bien une messe »
phrase attribuée à Henri IV, roi de France

La civilisation celtique a couvert la quasi totalité de l’Europe tempérée à l’époque de l’âge du bronze, et surtout de l’âge du fer. Un ensemble complexe de rites, de symboles, de mythes accompagne tous les actes de la vie quotidienne des habitants de l‘Europe des Celtes. Les druides, poètes et astronomes, sont chargés de la conduite des cérémonies religieuses. Ces pratiques et ces croyances sont assez semblables à celles que l’on retrouvera plus tard chez les Germains et les Slaves. Jules César, dans sa Guerre des Gaules, pourra identifier les divinités celtiques par leur nom romain. L’époque gallo-romaine verra s’accentuer cette identification. Une culture trouvant ses sources en Grèce se répand dans tout le continent.

 

« Vive le Christ qui aime les Francs »

En 481, Clovis devient roi des Francs rhénans. En 496, durant la bataille de Tolbiac contre les Alamans, il aurait invoqué le « dieu de Clotilde», son épouse chrétienne. Il se converti après sa victoire. Il « dépose les colliers», symboles de ses convictions païennes, et sera baptisé avec 3000 guerriers en 498 par Saint Rémi, évêque de Reims. La date de 496, traditionnellement acceptée, est aujourd’hui contestée par la plupart des historiens. Ce baptême marque le début d’une alliance tumultueuse entre le pouvoir royal, symbolisé par le trône, et le pouvoir clérical, symbolisé par l’autel. La loi salique, aux alentours de 560, proclame: « Vive le Christ qui aime les Francs. Qu’il garde leur royaume et remplisse leurs chefs des lumières de sa grâce ».

La dynastie mérovingienne restera fidèle à ce pacte avec les évêques et le pape. A partir des années 730, le maire du palais Charles Martel, qui détient le véritable pouvoir, sera un partenaire beaucoup moins conciliant. D’une part il soutient les efforts missionnaires de Saint Boniface en Germanie et, comme chacun sait, il conduit les Européens à la victoire sur une armée musulmane en 732, prés de Poitiers. Mais d’autre part il confisque les biens du clergé et refuse à deux reprises d’aider le pape Grégoire III menacé par les Lombards. Son fils Pépin le Bref se réconcilie avec la papauté. Il sera ainsi reconnu roi et sacré par Saint Boniface puis par le pape lui-même qui sacra dans la même cérémonie les deux fils de Pépin, Carloman et Charles (qui deviendra Charlemagne). Le sacre de Pépin le Bref fut le premier sacre de l’histoire de France. Celui de Charles X, en 1825, sera le dernier. C’est Pépin le Bref qui instaure la dîme, impôt dû à l’Eglise. La dîme sera perçue jusqu’en 1790.

 

L’Eglise gallicane conquiers ses libertés

La dynastie carolingienne, à commencer par Charlemagne sacré empereur en l’an 800, aura une forte propension à dominer l’alliance ainsi maintenue. Et cela jusqu’à intervenir dans les questions de dogme. La dynastie capétienne, fondée par Hughes Capet sacré roi en 987, ira jusqu’au conflit direct à plusieurs reprises. De nombreuses péripéties ont illustré cette cohabitation au fil des siècles. La querelle autour de l’investiture des évêques sera récurrente. Sur le fond la papauté défend la théorie des deux glaives. D’abord développée par Saint Bernard, elle sera plus tard illustrée par le pape Boniface VIII qui distinguait en 1302 « deux glaives, le spirituel et le temporel, ainsi que l’enseignent les textes évangéliques… L’un et l’autre glaives, le spirituel et le matériel, appartiennent au pouvoir de l’Eglise. Mais celui-ci est tiré pour l’Eglise, celui-là par l’Eglise. Celui-ci par le prêtre, l’autre par les rois et les chevaliers, mais avec l’assentiment et la résignation du prêtre. Il convient, en effet, que le glaive soit sous le glaive et que l’autorité temporelle soit soumise au pouvoir spirituel ». Cette thèse sera illustrée par les guelfes, partisans du pape, contre les gibelins, partisans de l’empereur germanique.

En France, les légistes proches du pouvoir royal développeront progressivement des thèses qui recevront le nom de « gallicanisme» (du latin gallicanus: gaulois). Enguerrand de Marigny, Guillaume de Nogaret, sont experts en droit romain. Pour eux « le roi est empereur en son propre royaume ». Il ne détient pas son autorité du pape. Le conflit le plus dur opposa le roi Philippe le Bel au pape Boniface VIII. Celui-ci sera giflé par Guillaume de Nogaret et arrêté. C’est le célèbre « attentat d’Agnani » (du nom de la résidence où demeurait le pape). A coté du gallicanisme royal se développe un gallicanisme des Parlements de France, soucieux d’indépendance nationale avant la lettre. De même, les évêques français affirmeront leur autonomie en soutenant que les conciles ont une autorité supérieure à celle du pape. L’ensemble de ces thèses se retrouveront dans une Pragmatique Sanction (ordonnance concernant l’Eglise ou l’Etat) adoptée par une assemblée réunie à Bourges en 1438 par Charles VII. Elle fut récusée par la papauté. Le concordat de 1516 sera en revanche le fruit d’un accord entre François I° et Léon X. Ce concordat fit l’objet de résistances dans les milieux gallicans. Sa signature n’empêcha d’ailleurs pas François I° de s’allier aux princes luthériens allemands et même avec le sultan turc pour contrebalancer la puissance très catholique de Charles Quint, roi d’Espagne et empereur germanique.

 

"Paris vaut bien une messe"

Le protestantisme se répand dans le royaume. An milieu du XVI° siècle prés d’un quart de la population s’y réfère. L’assassinat du duc de Guise en 1562 inaugure les huit Edit de Nantes : palissy.humana.univ-nantes.frguerres successives qui vont dévaster la France durant quarante ans. Henri de Navarre, huguenot, hérite du trône en 1589. Il se converti au catholicisme. On lui attribue la phrase « Paris vaut bien une messe ». Il sera sacré à Chartres en 1594. Il proclame en 1598 le fameux édit de Nantes garantissant des libertés au protestantisme qualifié de Religion prétendue réformée. Mais les guerres de religion reprennent. Le cardinal de Richelieu combat les protestants en France, mais soutient les luthériens allemands et suédois contre les catholiques espagnols et autrichiens. Encore une fois la géopolitique l’emporte sur les doctrines. Sous la pression de Catherine de Médicis , l’assemblée du clergé de France verse un « don gratuit » annuel à l‘Etat, impôt qui sera perçu jusqu’à la Révolution. L’Edit de Nantes est révoqué en 1685. Jusqu’à la Révolution les « nations juives » seront réputée être constituées d’étrangers.

Les thèses gallicanes s’étoffent avec Pierre Pithou, auteur des « Libertés de l’Eglise gallicane » en 1594, et Richer, auteur de « De ecclesiastica et politisa potestae libellus » en 1612. En 1682, sous le règne de Louis XIV, une déclaration rédigée par Bossuet, les Quatre articles du clergé de France, s’impose comme doctrine officielle. Un courant théologique apparaît: le jansénisme, du nom de l’évêque d’Ypres, Cornélius Jansen. Défendu notamment par Blaise Pascal dans Les Provinciales, il renforce le gallicanisme. Les partisans de l’autorité du pape sont appelés « ultramontains» (du latin ultramontanus « au-delà de la montagne », en l’occurrence les Alpes). Ils sont principalement représentés par les Jésuites. Leur Société est expulsée de France par Louis XV. Ce sera le cas dans plusieurs pays et le pape Clément XIV sera amené à supprimer leur Ordre en 1773.

 

Une splendide aurore

La Révolution Française fut saluée comme une « splendide aurore » par le philosophe www.odilon.caallemand Hegel. Ce fut vrai aussi dans le domaine religieux malgré des débuts hésitants. Le Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau, publié en 1762, fait école : la souveraineté du roi et sa caution religieuse s’effacent devant la souveraineté du peuple. La société d’Ordres (Clergé, Noblesse, Tiers Etat) s’effondre lors de la nuit du 4 août 1789. Les représentants de la noblesse et du clergé renoncent à leurs privilèges. La dîme est supprimée. L’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 précise «Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément ». Le 2 novembre 1789 les biens du clergé sont mis à la disposition de la nation.

L’Assemblée Constituante vote le 12 juillet 1790 la Constitution civile du clergé. C’est le triomphe du gallicanisme. Les ministres du culte sont considérés comme des fonctionnaires assurant un service public. Une crise s’ensuit. Le clergé se divise entre patriotes et réfractaires. Des cultes révolutionnaires non chrétiens sont promus. Des tentatives de déchristianisation violentes sont même engagées. Le 3 ventôse de l’An III du calendrier révolutionnaire (21 février 1795 du calendrier grégorien) un décret pose enfin la séparation des Eglises et de l’Etat, sur proposition de Boissy d’Anglas. Napoléon bonaparte entraînera ensuite le pays dans le "concordat".