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de la laïcité

Ethique

Écrit par conte. Publié dans Grands thèmes

« Cette bonne et antique morale
que nous avons reçu de nos pères »
Jules Ferry

 

Michel Foucault a montré comment les Anciens ont recherché le « bon usage des plaisirs ». Les écoles de morale ont adopté la même attitude devant l’alimentation et la sexualité. On considérait surtout la force du désir et la maîtrise de soi. On s’intéressait guère aux choix de chacun en matière de mets, de partenaires ou de pratiques. Les voies offertes allaient de la plus grande liberté à la continence la plus stricte. « La réflexion morale des Grecs sur le comportement sexuel n’a pas cherché à justifier des interdits mais à styliser une liberté ». Les relations sociales étaient pour leur part organisées par un civisme qui exprimait et garantissait la liberté des citoyens.

 

Code CivilLes interdits dogmatiques caractérisent les religions monothéistes. Il en existe des listes officielles dans chacune de ces religions. Pas de morale sans religion, pensait-on. Pierre Bayle fut un des premiers à affirmer la possibilité d’être à la fois athée et vertueux. Plus tard l’action laïque se développera d’abord en combattant les interdits religieux, en revendiquant pour cela une liberté d’expression constitutive de la liberté de conscience. Sous la III° République un important mouvement de réflexion aura pour objet la « morale indépendante ». La Lettre aux instituteurs de Jules Ferry, écrite en 1883, reste un modèle du genre. Il y invoque « cette bonne et antique morale que nous avons reçu de nos pères et que nous nous honorons tous de suivre dans les relations de la vie ».

 

Mai 68 a décrété la « mort de la morale bourgeoise », déjà mise à mal depuis longtemps par les mouvements libertaires. Cette question fait l’objet de débats entre laïques. Certains récusent l’existence d’une morale spécifique. C’est le cas de certains libres penseurs. D’autres, au contraire, se sont résolument engagés dans sa promotion. C’est le cas en Belgique où des cours sont donnés à l’école publique, parallèlement à des cours de morale confessionnelle. Une centaine d’associations locales sont réunies dans la Fédération des amis de la morale laïque. Ce débat s’est enrichi et complexifié avec l’apparition de la bioéthique. Comment s ‘approprier le progrès technique en matière biologique ? Comment résister à sa confiscation par les multinationales ?

 

L'éthique laïque
Existe-t-il une éthique laïque spécifique ? Cette question fut maintes fois débattue, avec des réponses fort diverses, allant de la proposition de manuel de morale républicaine à l'affirmation d'un certain amoralisme.

Ce dossier reprend la réflexion sur la base de travaux de la Ligue de l'enseignement. La Ligue a notamment organisé, avec les Cercles Condorcet et le journal La Vie, un colloque confrontant éthique laïque et éthique religieuse en janvier 1994. Ce colloque fut suivi d'une publication "Quelle place pour la morale ?" (Editions Desclée de Brouwer).

En Belgique, il existe un cours de morale non confessionnelle doté d'un corpus officiel et de manuels. Nous reviendrons sur cette situation.

 

Voici, en guise d'introduction quelques textes récents:

La morale, l’instituteur et le curé : une vieille histoire qu’il ne faut pas oublier… Par Jean-Paul Delahaye. Professeur associé à l’Université Paris V.

 

Tolérance et laïcité, par Daniel Morfouace.

C ’est au nom de la tolérance que se mènent les attaques les plus fortes contre la laïcité tant à l’intérieur de notre pays qu’au sein de l’Europe ...

 

Les questions d’éthique vues par un libre penseur, par Sam Ayache
Le point de vue d’un libre penseur. La réflexion sur l’éthique est associée à une critique radicale des religions.

 

Les droits sexuels et reproductifs

L'éthique laïque affirme sa spécificité dans le domaines des moeurs. Elle définit en particulier des droits, les droits sexuels et reproductifs.

Les interdits d’origine religieuse qui réglementaient les relations entre femmes et hommes semblent aujourd’hui relever d’une époque archaïque. Et pourtant … La contraception fut illégale jusqu’au vote d’une loi en 1967 (interdisant toujours la publicité sur les moyens). L’éducation sexuelle était inexistante jusqu’à la création d’un Conseil supérieur de l’information sexuelle en 1973. L’avortement fut réprimé comme un crime jusqu’en 1975. Le viol était fort peu dénoncé et ce n’est qu’en 1980 qu’il sera caractérisé comme tel. L’homosexualité aussi bien féminine que masculine était condamnée. L’âge de la majorité homosexuelle sera aligné sur l’âge de la majorité hétérosexuelle (15 ans) en 1982. La violence entre époux ou concubins n’était pas dénoncée jusqu’à sa répression affirmée en 1990. La publicité pour les préservatifs n’est autorisée que depuis 1991. La politologue Janine Mossuz-Lavau donne à ces lois le joli nom de « lois de l’amour ».

 

L’esprit qui a animé les militantes et militants qui ont combattu pour ces lois était laïque, sans parfois utiliser le mot. Ce combat n’est pas terminé. En 1999, le principe de la parité politique et le pacte civil de solidarité relancent les débats. Des lois de libéralisation des années soixante à quatre-vingt-dix aux polémiques actuelles sur les signes religieux, la relation entre femmes et laïcité a beaucoup évolué. Le débat sur le port de signes religieux à l’école publique est lié au statut des femmes. La société française s’est divisée. Cette division a traversé aussi toutes les associations féministes, voire féminines. Le refus de la subordination des femmes et le souhait d’intégration des musulmans à la société française se sont croisés. C’est l’accent mis sur l’un ou l’autre de ces deux combats qui a déterminé la fracture. Dans les deux, la dimension laïque est nette. Ne pourrait-elle pas servir à une synthèse active ? Il nous appartient d’en faire un combat global pour la liberté et la responsabilité.

 

Deux exemples d'éthique laïque:

Le planning familial
Le mouvement français pour le planning familial est une association qui a pour objectif d’être un lieu de parole concernant la sexualité et les relations amoureuses, afin que chacun-e, hommes et femmes, jeunes ou adultes, les vivent dans le partage, le respect et le plaisir. La Ligue de l'enseignement s'engage avec le Planning Familial. 

Journée mondiale de lutte contre l'homophobie

Lancée par le Comité IDAHO ((International Day Against Homophobia), à l'initiative de Louis-Georges Tin. Elle célèbre le 17 mai 1990, date à laquelle l'Organisation mondiale de la santé a retiré l'homosexualité de la liste des maladies mentales.


La bioéthique

Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de la santé et des sports, a lancé les Etats généraux de la bioéthique qui prépareront la révision de la loi de bioéthique de 2004 (dont la révision tous les cinq ans figurait dans le texte). Ces Etats généraux seront l’occasion d’engager un vaste débat public sur des sujets sensibles. Ils se dérouleront pendant le premier semestre 2009.

 

Plusieurs actions seront conduites: des auditions sous formes de tables rondes avec les représentants des instances qui ont travaillé sur l’évaluation de la loi de 2004 des forums citoyens. Ils sont un élément central pour ces débats. Le premier aura lieu à Marseille le 09 juin et sera consacré à la Recherche sur les cellules souches et sur l’embryon, diagnostics prénatal et préimplantatoire (DPN, DPI). Le second se tiendra à Rennes le 11 juin autour de l’assistance médicale à la procréation (AMP). Enfin, le dernier à Strasbourg le 16 juin abordera la question du prélèvement et greffes d’organes, de tissus et de cellules ; médecine prédictive et examen des caractéristiques génétiques.

 

Pour chaque étape, un schéma similaire sera respecté, un débat s’organisera autour de jurés ayant bénéficié d’une formation adaptée à la conduite de débats sur des thématiques complexes, de grands témoins et enfin un public autorisé. Un colloque national clôturera ces débats le 23 juin à Paris.

http://www.etatsgenerauxdelabioethique.fr/

 

Alerte au burqini !
La France s’ennuie. Fort heureusement l’actualité nous apporte une distractionoavec l’éviction d’une porteuse de « burqini » qui prétendait se baigner dans une piscine municipale. A la suite du déferlement médiatique ayant couvert cette grave affaire, on ose à peine rappeler ce qu’est un « burqini », parfois transcrit en « burkini » ou « burquini ». Il s’agit d’une tenue de bain musulmane dont le modèle a été créé en 2006 par une styliste australienne d’origine libanaise, Aheda Zanetti. On en trouve des spécimens sur son site www.ahiida.com . Contraction de « burqa » et de « bikini », le mot burqini est une marque déposée. On utilise aussi dans les pays anglo-saxons le mot « Hijood », contraction de « hidjab » et de « hood » (capuche, à l’instar de Robin Hood, Robin des bois). Le succès a été au rendez-vous, et 9000 exemplaires ont été vendus dès janvier 2007. D’autres vêtements de sport (kimonos…) ont été créés dans la même veine et des succursales ouvertes dans plusieurs autres pays. On peut bien sûr commander ces burqinis sur internet.

 

C’est donc ainsi vêtue qu’une musulmane, Carole, s’est présentée le 27 juillet à la piscine intercommunale d'Emerainville, en Seine-et-Marne. Comme chacun le sait, elle s’est vue interdire la baignade. Le quotidien « Le Parisien » a mis en ligne sur son site le témoignage de l’intéressée. Elle se défend de tout prosélytisme religieux ou politique. De son côté, Daniel Guillaume, vice-président du syndicat d'agglomération nouvelle du Val-Maubuée, qui gère les piscines du secteur, affirme que les employés ont correctement appliqué un "règlement en vigueur dans toutes les piscines, qui interdit la baignade habillée". Dans la polémique qui a rapidement suivi, la laïcité n’a guère été évoquée. Aristide Briand et Jean Jaurès auraient d’ailleurs été bien étonnés qu’elle soit mobilisée pour réglementer des tenues de baigneuses fort proches de celles de leur époque.

 

Le débat s’est positionné sur les notions d’hygiène, de pudeur, voire de culture. C’est par hygiène que les shorts et autres bermudas sont interdits par les règlements de la plupart des piscines. Il s’agit d’éviter qu’un vêtement porté dans la journée soit utilisé. Il faut une tenue spécifique pour se baigner. En revanche, rien n’est déterminé dans sa forme. Un excellent blog nous propose une petite histoire de ces diverses tenues, depuis celle que portait la duchesse de Berry en 1830, en passant par l’invention (française !) du bikini en 1946, jusqu’aux modernes combinaisons intégrales permettant d’améliorer entraînement et compétition. Si la tenue est réservée exclusivement au bain et confectionnée dans un matériau approprié, l’hygiène est respectée.

 

Ce sont donc bien des conceptions de la pudeur qui sont en question, et, plus profondément, la légitimité de la conception musulmane à s’exprimer sur le territoire français. Le contenu de très nombreux sites, blogs et forums le montre explicitement. Jean-Claude Bologne a montré dans son « Histoire de la pudeur » (Editions Olivier Orban, 1986) combien elle varie. En particulier, depuis l’Antiquité, on s’est très longtemps baigné nu. Cet usage n’a été que récemment repris, sur certaines plages et piscines, à la suite d’une période de pudibonderie extrême. La tendance actuelle porte à la réduction de la surface de textile employé. C’est ce qui heurte les musulmans les plus pratiquants. Quelle place faut-il leur accorder ? L’invention du burqini est en soi une innovation, une adaptation au monde européen. Est-il bon, pour tous, de se focaliser, sur un aussi mince problème ? Peut-être parce qu’il renvoie à une autre question, plus large, décisive : comment vivre ensemble ?

 

Bibliographie
La bibliographie sur l'éthique en général, et sur l'éthique laïque en particulier, est immense. Voici une première sélection d'ouvrages. Ils sont consultables au siège de la Ligue de l'enseignement sur rendez-vous. Ecrire à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.">

 

La morale laïque contre l’ordre moral Jean Baubérot Ed Seuil, 1997.
Une histoire oubliée, celle des militants laïque en faveur d’une morale indépendante des dogmes.

 

Quelle place pour la morale ? Ligue de l'enseignement, Journal La Vie, Cercles Condorcet. Desclée de Brouwer, 1996.
Une confrontation des éthiques laïque et religieuses.

 

Pour une critique de la raison bioéthique. Lucien Sève. Editions Odile Jacob, 1994.
Un vaste panorama des nouvelles questions soulevée par le progrès des sciences du vivant.

 

Le cours de morale laïque. Deux volumes: Aspects théoriques et Aspects pédagogiques. Editions de l'Université de Bruxelles, 1990.
Thérie et pratiques d'Outre-Quiévrain.

 

L'homme, la nature et le droit. Ouvrage collectif réunissant onze contributions. Christian Bourgois éditions, 1988.
"L'homme et la nature, objets de droit, peuvent-ils être aussi sujets ?".

 

Mon Dieu, pourquoi tous ces interdits ? n° 11 de la revue Panoramiques 4° trimestre 1993
Une vingtaine de textes allant des listes officielles d’interdits dans le judaïsme et l’islam au tabou chrétien sur la sexualité, assorties de réflexions historiques ou actuelles par des croyants et des incroyants.

 

Misère de la bioéthique. Pour une morale contre les apprentis sorciers. Jean-Paul Thomas. Editions Albin Michel, 1990.
Une réflexion sur les "techniques qui agissent sur le corps humain comme sur une chose alors que celui-ci est un attribut essentiel de notre personne".

 

Ethique médicale et droits de l'homme. Ouvrage collectif.Editions Actes Sud, 1988.
Actes de rencontres organisées par l'INSERM.

 

Esquisse d'une morale républicaine. René Maublanc. La Bibliothèque française, 1945.
Recueil de 17 articles publiés dans "L'Ecole laïque" après la guerre.

 

La morale sociale. Benoit Malon. Librairie de la Revue socialiste, 1886. réédition Le bord de l'eau, 2007.
La morale libertaire d'un grand militant socialiste.