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Laïcité en Europe (2) Le tour de l'Europe en cent livres

Écrit par conte. Publié dans Grands thèmes

Le tour de l'Europe en cent livres

Charles CONTE
Chargé de mission laïcité Ligue de l’enseignement


Un regard laïque sur l’Europe ne peut se limiter à la description des règles juridiques régissant les rapports entre les Eglises et les Etats. Ces règles résultent de conflits idéologiques, culturels très anciens. La présente sélection bibliographique s’inscrit dans les perspectives historiques et géographiques les plus larges, de l’Antiquité à nos jours, de l’Atlantique au Pacifique. Il s’agit d’intégrer les événements de 28 siècles d’histoire à l’échelle d’un continent pour réfléchir aux conditions politiques et sociales d’une Europe laïque.

Au commencement était le peuple …

Le mot « laïque » vient du grec « laos » qui signifie « peuple ». Le mot latin « laïcus » a la même signification. Cette étymologie est lourde de sens. On en trouvera un écho lointain mais décisif lors de la Révolution française. La souveraineté du peuple est posée comme principe absolu de légitimité. La souveraineté d’un dieu, via son clergé, est récusée. L’idée et l’idéal laïques trouvent leur source dans l’Antiquité grecque. Le titre de l’anthologie de Denis de Rougemont Vingt-huit siècles d’Europe (Ed Christian de Bartillat) est significatif. Chacun sait que les Grecs dataient à partir de la fondation des Jeux Olympiques (en 776 av JC). Les textes réunis dans cette anthologie illustrent la tension entre les deux principes de souveraineté, même si la culture protestante de l’auteur du recueil tend à privilégier le « supplément d’âme » chrétien. Le nom « Europe » nous vient aussi des Grecs. Hésiode l’utilise sans doute parmi les premiers. Les Grecs nomment ainsi une des trois parties du monde connu, avec l’Asia et la Lybie (Africa pour les Romains). Hérodote évoque avec scepticisme la charmante légende de la nymphe Europé enlevée par Zeus métamorphosé en taureau. Les mots, les idées et la légende sont restés.

 

Une réflexion approfondie sur l’Antiquité classique est donc nécessaire pour les laïques modernes. Les femmes et les hommes de la Renaissance comme ceux de la Révolution y ont puisé leur inspiration politique, morale et esthétique. Deux grands auteurs, de renommée internationale, sont à lire et à relire. Jean-Pierre Vernant a montré le processus de formation de la pensée positive dans la Grèce archaïque dans un des textes de Mythe et pensée chez les Grecs (La Découverte poche). « La pensée rationnelle a un état civil; on connaît sa date et son lieu de naissance ». Au VI° siècle avant l’ère actuelle, la raison conquiers son autonomie dans le cadre de la Cité. La liberté de penser est étroitement liée à la liberté politique. En une formule saisissante « Nous sommes tous des citoyens romains », Claude Nicolet a condensé l’apport latin. On trouvera un parallèle entre les citoyens antiques et les citoyens modernes dans La République en France. Etat des lieux (Ed Seuil). L’ensemble des ouvrages de ces deux auteurs constituent un tableau des quelques mille ans de civilisation païenne qui ont précédé la diffusion du christianisme en Europe.

 

Moses Finley et Cyril Bailey ont fait le grand inventaire de L’Héritage de la Grèce et de Rome (Ed Laffont Collection Bouquins) dans un ouvrage ainsi nommé : démocratie, république, notion même de politique, philosophie, enquête rationnelle sur la réalité, histoire, géographie, tragédie, poésie épique, architecture et urbanisme, agriculture, droit, langues … Bien sûr il existait aussi des religions. Mais il est difficile de les comparer aux religions monothéistes qui s’imposeront plus tard. Il s’agissait d’un ensemble de rites et de symboles qui n’exigeaient pas d’adhésion intime, personnelle. Il n’y avait pas de dogme mais des grands récits mythologiques auxquels on croyait plus ou moins. Il n’y avait pas de livre saint, pas de clergé doté d’un pouvoir, donc pas de cléricalisme, pas d’esprit missionnaire, pas de conversion ni de guerre sainte. La notion de laïcité proprement dite ne pouvait pas apparaître dans l’Antiquité païenne puisqu’il n’y avait pas de pouvoir clérical. En revanche c’est là que l’humanisme laïque, compris dans son sens le plus large, trouvera ses sources.

 

L’idée qui est au cœur de l’humanisme laïque est celle de la souveraineté du peuple. L’Europe compte une bonne centaine de peuples, de nationalités. Elle est politiquement organisée en quarante Etats. Le type français, ou islandais, d’Etat-nation presque parfait est rare. L’enchevêtrement des peuples et des Etats, les hasards de l’histoire, ont généré une multitude de situations différentes dans lesquelles les identités, religieuses ou non, jouent un rôle important. Il est impossible de comprendre sans ces éléments les relations entre les Eglises et les Etats. On consultera trois ouvrages très documentés L’Atlas des peuples d’Europe occidentale et L’Atlas des peuples d’Europe centrale d’André et Jean Sellier (Ed La Découverte) ainsi que le Dictionnaire des minorités et des peuples de l’ex-URSS de Roger Caratini (Ed Larousse).

 

Jean-Baptiste Duroselle propose, pour sa part, en un volume, L’Europe, histoire de ses peuples (Ed Hachette, magnifiquement illustré; le texte seul est repris en Collection Pluriel). Traduit dans les principales langues européennes (sauf le russe à ce jour) ce tour de force géo-historique a reçu les mêmes critiques que le manuel scolaire Histoire de l’Europe (Ed Hachette) écrit par douze historiens de nationalité différentes. En particulier l’immense période antique et son apport fondateur sont minorés. Le même éditeur a publié un autre beau livre qui marie l’histoire des mentalités à l’histoire événementielle Généalogie de l’Europe sous la direction de Pierre Lamaison. Le cadre historique et géographique est ainsi largement défini. Il associe la profondeur et l’ampleur nécessaires à toute réflexion réelle sur un sujet aussi vaste. Ainsi un intellectuel comme Jan Patocka a écrit sur Platon et l’Europe (Ed Verdier) comme sur L’idée d’Europe en Bohême (Ed Jérome Millon). En reprenant les limites temporelles et spatiales les plus larges de l’Europe, il importe de souligner que ce sont les hommes qui définissent ces limites. Edgar Morin y insiste dans Penser l’Europe (Folio) : « L’Europe, comme toute notion importante, se défini non par ses frontières, qui sont floues et changeantes, mais par ce qui l’organise et produit son originalité ».

 

Les religions en Europe

Pour serrer de plus prés la question politique, et culturelle, de la place, du rôle et de l’évolution des religions en Europe, trois ouvrages sont à lire. Religion et transformation de l'Europe (Ed Presses de l'Université de Strasbourg) dirigé par Gilles Vincent et Jean-Paul Willaime, Identités religieuses en Europe (Ed La Découverte) dirigé par Grace Davis et Danièle Hervieu-Léger et Religion et société en Europe (Ed Seuil Collection Faire l’Europe) de René Rémond. Il faut y ajouter le N° 1 de la revue Cahiers d’Europe (Ed du Félin) intitulé Présence des religions. Un bon nombre des auteurs des contributions sont des sociologues reconnus, généralement de formation chrétienne. Néanmoins ils évitent la « langue de buis » et abordent avec compétence et franchise tous les aspects de cette problématique. On note pourtant une sous estimation fréquente de l’humanisme laïque comme conception du monde globale, dans ses versions libérale et socialiste. L’Ere moderne est trop souvent réduite au double phénomène de la sécularisation et de la montée d’un individualisme sans valeur.

 

Le catholicisme est le plus fréquemment traité. A la suite d’une société celtique sans unité politique, d’une Grèce rayonnant grâce à ses colonies, de l’immense Rome, c’est la « chrétienté » qui a dans le passé été un des avatars de l’Europe. Jacques Le Goff nous a donné l’ouvrage de référence sur les 1000 ans de vie médiévale où toutes les classes sociales se référaient aux mêmes croyances Pour un autre Moyen Age (Ed Gallimard Collection Quarto)Trop souvent réduit autrefois à un « âge de ténèbres », le Moyen Age fait aujourd’hui l’objet d’évaluations plus nuancées. Une nouvelle interrogation est aussi apparue. Si cette société était formellement catholique, ou orthodoxe, quel était le degré réel de christianisation des peuples ? Le médiéviste Jean Delumeau traite cette question dans Le christianisme va-t-il mourir ? (Ed Hachette Collection Pluriel).

 

Le rôle des catholiques, en particulier des partis démocrates-chrétiens, dans le lancement de la construction européenne est souvent évoqué. Dans Une Europe vaticane ? (Ed Ciaco, fonds éditorial géré par Artel sc, Bruxelles) Philippe Chenaux décrit avec précision ce rôle en s’appuyant sur une remarquable documentation. Des polémiques virulentes sur ce sujet ont animé les années cinquante. Dans des textes réunis sous le titre Le Saint Empire (La Différence) Roger Vailland stigmatisait ainsi, au temps de la guerre froide, « l’alliance vaticano-américaine » d’ailleurs fondée sur « un mépris réciproque ». En 1997 c’est René Lourau qui s’interroge sur « le rôle caché des théories de la grâce » dans un ouvrage original et stimulant Le principe de subsidiarité contre l’Europe (Ed PUF Collection La politique éclatée).

 

Diverses institutions catholiques mènent une réflexion de fond à travers de nombreux colloques et publications de qualité. Parmi ceux-ci il faut citer Christianisme et culture en Europe (Ed Mame) et Christianisme et identité nationale. Une certaine idée de l’Europe (Ed Beauchesne) dirigés par le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture; ainsi que Le Vatican et la politique européenne (Ed Mame) sous la direction de Joël Benoît d’Onorio, juriste catholique, qui représentent la doctrine « officielle »; Dans Des chrétiens pensent l’Europe (Ed de l’Atelier) sous la direction des jésuites Jef van Gerwen et John Sweeney et Imaginer l’Europe (Ed Cerf) sous la direction de Peter Koslowski, des auteurs membres de diverses institutions catholiques de recherches proposent un travail intellectuel diversifié utilisant notamment les notions de « bien commun » et de « subsidiarité ». Il existe un point de vue critique, tout en restant interne à l'’Eglise, sur Le Rêve de Compostelle (Ed Centurion) dirigé par René Luneau, ainsi nommé à la suite de la prestation de Jean-Paul II, grand Polonais d’Europe devant l’Eternel, en novembre 1982 « Depuis Saint Jacques de Compostelle, je lance vers toi, vieille Europe, mon cri plein d’amour : retrouve-toi toi-même, sois toi-même. Découvres tes origines. Avives tes racines » La plupart des auteurs, tant catholiques que protestants, tendent à faire naître l’Europe au moment où naissent ses nations et où elles sont christianisées.

 

Pour sa part Rémi Brague soutient dans Europe, la voie romaine (Ed Critérion Collection idées) une thèse audacieuse « La structure romaine est la structure même du fait chrétien » Cette structure se caractériserait par sa « secondarité » et le renouvellement qu’elle induirait à partir d’apports premiers : Grec pour les Romains, juif pour les chrétiens. Cette « structure romaine » représenterai ce qu’il y a de plus spécifique à l’Europe. Il faut enfin noter que la mouvance catholique est aussi un des lieux d’opposition à l’actuelle construction européenne. On trouvera les critiques les plus élaborées aux Editions François-Xavier de Guibert dans la collection Combats pour la liberté de l’esprit avec notamment L’Europe contre l’amitié franco-allemande d’Edouard Husson et Sur quelques mythes de l’Europe communautaire de Christophe Réveillard.

 

Bien que moins nombreux en Europe que les catholiques, les protestant ont une influence culturelle, politique et même financière au moins aussi importante. Le protestantisme français est particulier ainsi que le fait apparaître Jean Baubérot dans Le protestantisme doit-il mourir ? (Ed Seuil) Sa stratégie « Laïciser pour protestantiser », n’est pas suivie par les autres protestants européens. Jacques Mouriquand et Laurence Pivot montrent dans L’Europe des protestants (Ed Jean-Claude Lattès) comment la règle commune est le statut d’Eglise nationale (Volkskirsche) assortie d’un impôt d’Eglise en Allemagne et dans les pays scandinaves. Quelques 120 Eglises sont fédérées dans la KEK (Konferenz Europaïscher Kirchen, Conférence des Eglises européennes). L’usage habituel du sigle KEK met en évidence l’hégémonie des Eglises allemandes sur l’ensemble des Eglises protestantes et même orthodoxes, par exemple au sein du Conseil Œcuménique des Eglises de Genève, très « européen » quoique affichant des perspectives « mondiales ».

 

D’abord réservés devant une Europe des Six supposée « catholique », les protestants s’engagent, à l’instar de Denis de Rougemont ou du haut fonctionnaire Jean Rey, ainsi que le montre le colloque Protestantisme et construction européenne (Ad Veritatem, publication hors série. Faculté universitaire de théologie protestante de Bruxelles). J. Mouriquand et L. Pivot n’hésitent pas à parler de « lobby protestant » dont la cheville ouvrière sera Helmut von Verscher. Chacun connaît la thèse que Max Weber a développée dans L’éthique du protestantisme et l’esprit du capitalisme (Ed Presses Pocket). Il établi une corrélation entre les deux et non une causalité directe « L’un des éléments fondamentaux de l’esprit du capitalisme moderne, et non seulement de celui-ci mais de la civilisation moderne elle-même, à savoir : la conduite rationnelle fondée sur l’idée de Beruf (devoir, vocation), est né de l’esprit de l’ascétisme chrétien » Pourtant bien que généralement favorable à un capitalisme de marché de « type rhénan », les institutions et les militants protestants développent des critiques semblables à celles des catholiques devant le néo-libéralisme marchand prédominant chez les technocrates européens. Ils insistent sur son coût humain. Cet aspect nourrit des débats récurrents sur la notion de charité opposée à celle de fraternité préférée par les laïques.

 

Troisième grande aire culturelle religieuse : les orthodoxes, qui vivent dans des pays non (encore?) membres de l’Union Européenne, mis à part la Grèce. Un remarquable ouvrage Les Slaves (Ed Albin Michel Bibliothèque de l’évolution de l’humanité) de Francis Conte propose la synthèse nécessaire pour comprendre dans toute sa complexité ce que Cezslaw Milosz appelait « l’Autre Europe ». Un curieux débat a eu pour objet l’appartenance de l’autre Europe à … l’Europe! Les polémiques opposant slavophiles et occidentalistes restent souvent mal comprises : les slavophiles ne sont pas moins européens que les admirateurs de l’Europe occidentale. Ce débat existe aussi en Grèce, lieu européen par excellence. Ce clivage avait été bien entendu renforcé, en tant qu’instrument politique et idéologique, durant la guerre froide. A cette époque le rideau de fer séparant l’Europe slave de l’Europe occidentale rappelait le limes antique séparant l’Europe germanique de l’Europe latine. L’imbrication des questions religieuses, sociales et nationales est bien illustrée par le célèbre ouvrage d’Alexandre Gerschenkron L’Europe dans le miroir russe (Ed Transition Collection Librairie européenne des idées). Il y décrit le mouvement des « vieux croyants », schisme (raskol) orthodoxe qui, pour survivre, s’inscrira de manière originale dans l’essor financier et économique de la Russie : un parallèle intéressant à la thèse de Max Weber.

 

L’orthodoxie sera caractérisée par un rapport d’alliance étroite avec le pouvoir : la fameuse « symphonie ». Comme on le sait l’Europe de l’Est n’est pas uniformément orthodoxe et les minorités y comptent beaucoup. On en trouvera un panorama en forme de bilan sur les dix dernières années dans quatre ouvrages collectifs : Les religions à l’Est (Ed Cerf) sous la direction de Patrick Michel; Revue d’études comparatives Est-Ouest (CNRS).1993.N°3-4 : Passé et présent religieux en Russie; et deux numéros de la revue L’Autre Europe (Ed L’Age d’Homme) Religion et politique N° 21-22 (1989), et Religion, politique et société en Europe centrale et orientale N° 36-37 (1998) . La quarantaine de monographies et études rassemblées vont de la situation à l’époque soviétique qui associait un athéisme d’Etat inacceptable à une législation souvent formellement laïque peut-être encore utilisable, du conflit actuel dans l’ex-Yougoslavie aux Uniates et aux Musulmans bosniaques, du texte d’une conférence du président russe du Conseil aux affaires religieuses à l’évolution de la libre pensée polonaise…

 

Des tableaux comparables par leur diversité et leur intérêt pour l’Europe de l’Ouest sont dressés par les auteurs de deux ouvrages collectifs Religions et laïcité dans l’Europe des douze (Ed Syros) sous la direction de Jean Baubérot et Pluralisme religieux et laïcités dans l’Union Européenne, volume de la revue Problèmes d’histoire des religions (5 /1994. Ed de l’Université de Bruxelles). La série de 12 monographies du premier ouvrage est heureusement complétée par des études « transversales » sur les familles de pensée, religieuses bien sûr, mais aussi humaniste et franc maçonne. Le deuxième ouvrage précise, à la suite d’une vue d’ensemble socio-juridique, le rôle de la franc-maçonnerie dans la laïcisation des pays latins, une comparaison des laïcité française et belge et des études sur le judaïsme et l’islam. Maurice Barbier consacre 20 pages précises à l’Europe des 12, un des deux principaux « défis de la laïcité » avec l’islam, dans son livre La Laïcité (Ed ‘Harmattan). Les contributions composant Laïcité et classes sociales 1789-1945 (Ed Espace de libertés. Centre d’Action Laïque de Bruxelles) se distinguent par l’accent mis sur la diversité des relations aux religions en fonction des classes sociales, pour la France, la Belgique et la Grande Bretagne. Cette perspective est souvent absente des ouvrage traitant ces questions qui se contentent des approches historiques et nationales, certes nécessaires mais insuffisantes. Pour ce qui est du droit constitutionnel, Emile Poulat, dans une étude spécifique cotoyant d’autres thèmes franco-français, parcours le monde (de 1987) en 45 pages à la recherche de « Dieu dans les Constitutions des Etats » in Liberté Laïcité (Ed Cerf-Cujas).


Deux importantes minorités religieuses aux statuts symbolique et social très différents restent à situer en évitant les passions qu’elles suscitent généralement : le judaïsme et l’islam. Pour la première l’ouvrage incontournable reste La conception matérialiste de la question juive (Etudes et Documentation Internationales) d’Abraham Léon. Dans la Belgique occupée, l’auteur a réussi à rassembler une documentation précise confortant la thèse de Karl Marx « Le judaïsme s’est conservé non pas malgré l’histoire mais par l’histoire » (La Question juive in Philosophie. Folio). Arrêté, A. Léon sera déporté à Auschwitz où il meurt en 1942 à l’âge de 26 ans. Dans une importante préface Maxime Rodinson apportera les nuances et les précisions nécessaires. Cette préface est également reprise dans son recueil Peuple juif ou problème juif ? (Ed La Découverte Collection Poche) dans lequel il illustre la pensée rationaliste. Une volumineuse anthologie est également à consulter Mille ans de cultures ashkénases (Ed Liana Levi). Bien que relevant parfois de l’histoire sainte, elle contient de nombreuses informations sur un monde trop peu connu. On pourra regretter l’impasse faite sur la conversion des Khazars au IX° siècle, probablement à l’origine du judaïsme européen, et le manque d’insistance sur le « Bund », « Union » des ouvriers juifs en Russie, en Lituanie et en Pologne. On comblera ces lacunes par la lecture de La XIII° tribu (Livre de Poche) d’Arthur Koestler et de Histoire générale du Bund( Ed Denoël) d’Henri Minczeles.

 

Les musulmans d’Europe, qu’ils soient issus de l’immigration comme en Europe de l’Ouest ou de conversions lors de l’occupation turque comme en Bosnie ou en Albanie, sont généralement démunis et donc dépourvus de tout pouvoir politique. De plus la mémoire des confrontations passées pèse encore beaucoup dans les Balkans. Issus de rencontres organisées par l’Institut du Monde Arabe de Paris, les textes de Islams d’Europe (L’Aube Essais) s’interrogent sur l’intégration et l’insertion. Une bibliographie d’un volume de 200 pages Musulmans en Europe occidentale a été publiée par les Editions L’Harmattan dans la collection Musulmans d’Europe qui comprend par ailleurs La Construction de l’islam européen de Felice Dasseto et Familles-Islam-Europe sous la direction de Marie-Claire Flobets. Partageant la même théologie fondamentale avec le judaïsme et le christianisme, l’islam a une doctrine des relations entre Eglise et Etat proche de la théocratie décrite dans l’Ancien Testament. Dans les deux cas la fondation de la religion a été consubstantielle à la création d’un Etat. Maxime Rodinson le montre dans sa biographie de Mahomet (Ed Seuil Collection Points), ouvrage comparable à la Vie de Jésus (Folio) d’Ernest Renan. Le christianisme naît pour sa part dans une communauté dépourvue d’espoir directement politique. Il développera une doctrine subtile du « pouvoir indirect » , le « pouvoir spirituel » étant censé définir le cadre de l’action du « pouvoir temporel ». C’est tout le sens du célèbre « Rendez à César ce qui est à césar et à Dieu ce qui est à Dieu ». Les religions furent et restent des facteurs d’union à travers l’œcuménisme chrétien et plus largement monothéiste. Elles sont aussi des facteurs de division. Les guerres de religions, « justifiées » par divers clergés, n’appartiennent pas qu’au passé ainsi que le révèlent les conflits d’Irlande et de l’ex Yougoslavie.

 

Construire l’Europe

Aspiration à la paix parallèle à l’aspiration à l’unité « l’Europe Une » se construit. Une des premières grandes manifestations de ces aspirations fut le Projet de paix perpétuelle (Ed Nathan) d’Emmanuel Kant. De grands textes balisent ce chemin. Les plus importants ont été réunis dans un fort volume par Pascal Ory : L’Europe ? L’Europe (Ed Omnibus). Saint Simon s’adresse en 1814 aux parlements anglais et français dont la première tâche devrait être de hâter la réorganisation de l’Allemagne travaillée par l’idée de liberté. Moses Hess en 1841 décrit la « triarchie européenne », Berlin, Paris, Londres, dont il se fait une haute idée « L’Europe est un sanctuaire. Ne le profanez pas par des comparaisons triviales avec l’Amérique du Nord ». De 1849 à 1876 Victor Hugo prônera avec constance et lyrisme les Etats Unis d’Europe fondés sur une unité toute spirituelle. En 1928 Hermann von Keyserling se livre à une perspicace et parfois étonnante « analyse spectrale de l’Europe ». Le futur fasciste Drieu La Rochelle défend en 1938 « l’Europe contre les patries », thème repris par la propagande de la dictature nazie.

 

Deux ans plus tard Julien Benda défend un tout autre « système de valeurs, morales et esthétiques » dans le « discours à la nation européenne » qu’il adresse à ceux qui veulent « faire l’Europe ». La guerre terminée, en 1946, l’ambivalent Emmanuel Berl, ex rédacteur des discours du maréchal Pétain, reprend en partie la thématique née du courant européiste de la Résistance dans son « structure et destin de l’Europe ». La même année Denis de Rougemont organise à Genève une série de rencontres internationales sur « l’esprit européen » avec des intervenants aussi divers que Georges Lukacs, Georges Bernanos, Karl Jaspers, Stephen Spender … Trois ouvrages complètent cette indispensable anthologie : Portrait de l’Europe de Salvador de Madariaga, Lettre ouverte aux Européens de Denis de Rougemont et L’Europe face à la crise des sociétés industrielles, texte d’une conférence de Raymond Aron à l’Institut d’études européennes de l’Université Libre de Bruxelles.

 

Depuis le congrès de Vienne de 1815 le « concert des nations » européennes était placé sous le signe de la Restauration. Au sein du libéralisme, puis du socialisme les aspirations à la paix et à l’unité se cristallisent autour d’idées-force (Etats Unis d’Europe …), d’hommes (V. Hugo, Richard Coudenhove-Kalergi, Jules Romains …), de projets (pacte Stresemann-Briand …), puis de réalisations concrètes consécutives au fameux Congrès de La Haye de 1948( CECA puis Euratom, CEE …) dans le cadre de la guerre froide et de la partition de l’Europe. Bernard Voyenne avait excellemment décrit cet essor dans son Histoire de l’idée européenne (Petite Bibliothèque Payot, éditions qui seraient bien inspirées de rééditer cet ouvrage épuisé). Elisabeth du Réau travaille sur le même sujet dans L’Idée d’Europe au XX° siècle, complété par L’Histoire de la construction européenne de Marie-Thérèse Bitsch. Les deux sont parus aux Editions Complexe dans la collection Questions au XX° siècle dont de nombreux titres sont consacrés à l’Europe. Cette collection est dirigée par Pierre Milza et Serge Bernstein auteurs d’une Histoire de l’Europe aux Editions Hatier où ils dirigent également la collection de monographies Nations d’Europe (15 volumes parus).

 

L’histoire politique de la Communauté Européenne la plus complète est due à Bino Olivi, qui en fut durant 20 ans le porte parole à Bruxelles L’Europe difficile (Folio). Dense mais claire, elle est accompagnée d’une chronologie détaillée, de 1950 à 1997, et de la composition des divers exécutifs communautaires. L’inspiration profonde des constructeurs de la Communauté se retrouve dans les Mémoires (Ed Fayard) de Jean Monnet et dans les ouvrages de Jacques Delors, en particulier Combats pour l’Europe (Ed Economica). Cette réalisation unique dans l’histoire par son ampleur et par la paix et la prospérité qui la caractérisent est accompagnée de grands débats. Les Européens de « l’Autre Europe » tiennent évidemment à ne pas être exclus d’une Europe « occidentale » qui prétend souvent être la seule véritable Europe. Dans Perestroïka (Ed J’ai lu) Mikhaïl Gorbatchev a synthétisé cette idée grâce à la notion de « maison commune ». L’Union Européenne réuni à ce jour 15 pays, 375 millions de femmes et d’hommes, soit environ la moitié de l’Europe. Géographiquement elle occupe moins de la moitié du continent. L’Institut Géographique National a calculé le centre géométrique de l’Europe: il est à Purnuskis, en Lituanie. Il existe un nouveau et curieux chauvinisme occidental qui tend à nier ou à ignorer qu’il existe Un Autre visage de l’Europe (Ed Noir sur Blanc) décrit par le Polonais Tadeusz Mazowiecki.


A l’Ouest, une critique générale « souverainiste » se développe autour du concept de nation. Elle est un peu floue. Un des moments forts de cette critique fut celui, quelque peu oublié, qui vit en 1954 les députés communistes et gaullistes chanter, debout et en cœur, la Marseillaise à l’Assemblée nationale à la suite du vote majoritaire refusant la CED (Communauté européenne de défense). Le philosophe Henri Lefebvre a, dans un livre méconnu, Le nationalisme contre les nations (Ed Méridiens-Klincksieck), magistralement analysé ce concept de « nation », du patriotisme révolutionnaire à son dévoiement nationaliste. Cette « psychosociologie du sentiment national » est en particulier une réfutation en règle de la « mystification fasciste ». Divers courants d’idées sont impliqués dans ces débats. Humanisme, la revue des francs maçons du Grand Orient de France (16, rue Cadet 75009 Paris) rappelle dans son numéro de mars 1997 Europe : l’espoir et le réel, l’exigence républicaine et laïque, dresse les portraits de Jean Monnet et Guy Mollet (signataire pour la France des Traités de Rome en 1957) et s’oppose à une « Europe des ethnies ». Invité de la rédaction, Max gallo souligne l’absurdité qu’il y aurait à être « anti européen » comme on le reproche parfois aux souverainistes. Les Français sont Européens. Tout le débat porte sur la voie que nous souhaitons suivre en tant que Français d’Europe.

 

L’Europe est-elle une parade ou un accélérateur de la mondialisation? Comment construire une Europe sociale? L’interrogation est au cœur des dossiers de la revue La Pensée N° 315 Juillet-Septembre 1998 (Espaces Marx 64, rue Blanqui 75013 Paris) qui traite particulièrement de la monnaie unique, des relations Nord-Sud, de l’élargissement à l’Est, de l’Europe des Lumières ainsi que des nouvelles élaborations idéologiques chez les chrétiens, et de la revue Recherches socialistes N° 3 Juin 1998 (Office Universitaire de Recherches Socialistes 86, rue de Lille 75007 Paris) sur la nation, la place des syndicats, le rôle du mouvement ouvrier européen, des itinéraires de socialistes laïques. Plus de 20 millions de chômeurs, plus de 30 millions de pauvres justifient les réflexions et les actions décrites dans L’Europe syndicale de Corinne Gobin (Ed Labor. Bruxelles). L’opposition la plus résolue est soutenue dans les publications du Comité national pour l’abrogation des Traités de Maastricht et d’Amsterdam (87, rue du Faubourg Saint Denis 75010 Paris). Une critique fédéraliste de la construction européenne est menée dans les interventions réunies sous le titre Les anarchistes et l’Europe (Ed du Monde libertaire). Elles sont largement inspirées du célèbre essai de Pierre-Joseph Proudhon Du principe fédératif (Ed Top H. Trincquier). De nombreuses autres revues de qualité traitent régulièrement des questions européennes : Hérodote, Esprit, Le Débat … ainsi que Le Monde Diplomatique. Il faut savoir aussi que la mouvance dite « nouvelle droite » s’investit sur ce thème comme le font apparaître deux numéros de la revue Krisis, le n° 13-14 (1993) Europe? et le n°22 (1999) Fédéralisme?

 

La construction européenne doit comporter une dimension autocritique permanente sans pour autant verser un hypocrite « sanglot de l’homme blanc » ou sombrer dans une pathologique haine de soi. Une saine relation aux autres peuples inclus le fait que les frontières sont à la fois séparation et échange. Comment rendre positif le « choc des civilisations »? Hérodote opposait déjà les libertés grecques au despotisme perse, Victor Hugo voyait dans la victoire de Rome sur Carthage la naissance de l’Europe, on sait que le mot « Européens » a été employé la première fois pour nommer les troupes de Charles Martel face aux musulmans, on se souvient des terribles conflits récurrents entre les peuples slaves et les peuples turco-mongols jusqu’à la fondation de Vladivostok au nom significatif (Victoire sur l’Orient). Pourtant si tous ces peuples se sont combattus, ils ont aussi beaucoup échangé d’idées, de techniques et de biens. Les stéréotypes demeurent trop souvent souligne Edward Saïd dans L’Orientalisme (Ed Seuil). Georges Corm étudie, à travers les processus de balkanisation et de libanisation, L’Europe et l’Orient (Ed La Découverte). Dans L’Europe en procès (Ed Seuil Collection Faire l’Europe) Josep Fontana invite, parfois de façon unilatérale mais nécessaire, à s’observer dans une série de « miroirs » extérieurs et intérieurs.

 

L’actuelle Union Européenne est, comme on le sait, d’abord économique et monétaire. Les transferts de souveraineté en font une institution politique de plus en plus puissante. Mais sans un soubassement culturel commun cet essor économique et cette unification politique ne pourraient être. La culture est mentionnée dans l’Acte Unique Européen entré en vigueur en 1987. Elle est élevée au rang de politique commune par le Traité sur l’Union Européenne signé à Maastricht en 1992. Elle est un des domaines de compétence du Conseil de l’Europe (Strasbourg) créé en 1949. Sa plus récente contribution est un important travail synthétique La Culture au cœur (Ed du Conseil de l’Europe). Le Centre Européen de la Culture (Genève) est une organisation non étatique fondée par Denis de Rougemont sous les auspices du Mouvement Européen à la suite d’une résolution du Congrès de La Haye en 1948. Le CEC propose, outre sa revue Temps Européens, de nombreuses publications dont une série de coffrets L’Europe en bref ( co-édition CEC-Actes Sud) rassemblant chacun quatre volumes thématiques. Le coffret N° 4 fait le tour des notions d’identité culturelle, d’interculturalité, de coopération et des divers mouvements européens. L’essai de Jean-Marie Domenach Europe, le défi culturel (Ed La Découverte) propose une interrogation stimulante « L’Europe va-t-elle se défaire culturellement alors que l’histoire l’appelle à se faire politiquement? ».

 

Il est frappant de constater que l’ensemble de ces publications font peu de place aux questions religieuses et moins encore à leur éventuelle solution laïque. La série des « Eurobaromètres » qui suit par ses enquêtes l’évolution des valeurs des habitants de l’U.E. intègre depuis 1975 quelques indicateurs religieux. On constate une baisse générale du sentiment d’appartenance aux religions traditionnelles, la sécularisation de la société : suivant les pays 20 % à 50 % des sondés ne se référent pas à une confession religieuse, ainsi qu’un foisonnement de croyances diverses et une certaine réaffirmation identitaire. Cette évolution générale a été analysée par Jean-Louis Schlegel dans Religions à la carte (Ed Hachette Collection Questions de société).

 

Les diverses institutions européennes n’interviennent, en principe, pas dans ce domaine. Comme tous les principes, il souffre quelques exceptions. Le Conseil de l’Europe a adopté une résolution relative à la tolérance religieuse. La Cour européenne de Justice a soutenu des positions contradictoires en statuant sur des « délits de blasphème ». Le Parlement Européen a parrainé divers colloques dont « Aux sources de l’identité européenne : la figure de Saint Ambroise » et d’autres sur la liberté religieuse, l’islam... La Cellule de prospective, un service de la Commission créé en 1989, s’est engagé dans ce domaine depuis 1991. En 1995 une conférence a été organisée à Tolède dont les actes sont parus Les religions méditerranéennes : islam, judaïsme et christianisme (Ed Apogée). Le programme « Une âme pour l’Europe » soutient des projets dont les thèmes relèvent de l’éthique et de la spiritualité.

 

Le nœud de l’histoire contemporaine

Il faut souligner l’importance de l’enjeu européen, si spécifique dans la « grammaire des civilisations. Dans La Revanche de Dieu (Ed Seuil Collection Points) Gilles Kepel a décrit la réaffirmation identitaire à l’œuvre dans toutes les religions monothéistes « chrétiens, juifs et musulmans à la reconquête du monde ». Leur « mutation considérable » accomplie entre 1975 et 1990 s’accompagne, et implique logiquement, la « disqualification d’une laïcité qu’ils font remonter à la Philosophie des Lumières… Ils voient dans l’émancipation orgueilleuse de la raison par rapport à la foi la cause première de tous les maux du XX° siècle, le début d’un processus qui mènerait en droite ligne aux totalitarismes nazi ou stalinien »Ces résurgences cléricales, comme les résurgences nationalistes, sont à la fois archaïques et modernes. Ce sont des réponses passéistes et mystificatrices à l’actuelle mondialisation économique et aux souffrances qu’elle génère. Benjamin Barber l’a remarquablement démontré dans Djihad versus McWorld (Ed Desclée de Brouwer).

 

Dans cet affrontement titanesque l’Europe tient une place centrale. Loin d’être le « petit cap de l’Asie » selon le mot toujours cité de Valéry, c’est un continent de 10 millions de km2 (22 millions en incluant la Sibérie russifiée) où vivent 750 millions d’habitants. Si elle reste un « nain politique », elle est un « géant économique », et même la première puissance économique mondiale. Si on y adjoint la « diaspora » européenne qui a notamment peuplé une grande partie des Amériques on approche le milliard d’individus, soit un sixième de l’humanité. Un américain, écrivain et journaliste, a bien pris la mesure de cet enjeu. William Pfaff dans Le Réveil du Vieux Monde (Ed Hachette Collection Pluriel) a décrit le « défi européen ». « A la suite de deux guerres civiles européennes totales devenues des guerres mondiales mais aussi du fait des catastrophes morales auxquelles ces conflits donnèrent lieu, l’Europe renonça à d’importantes responsabilités » qu’elle tend à assumer aujourd’hui. Ecrit à une époque décisive, les années 88-89, au plus fort de la perestroïka lancée par Mikhaïl Gorbatchev, cet essai mérite sa place dans la grande collection de ceux qui ont pris pour thème l’Europe « nœud de l’histoire contemporaine ».

 

Bien que l’Europe soit désormais au cœur des préoccupations des Européens, elle n’a acquis la force d’un mythe mobilisateur au sens où Georges Sorel l’entendait. Il manque un Hegel pour la penser et un Aragon pour la chanter. Pour le meilleur, comme pour le pire, plusieurs Europe restent possibles ainsi que l’indique l’alternative Humanisme ou barbarie, intitulé d’un colloque organisé par l’association Europe, terre d’humanisme. Les actes en ont été publiés par les Editions Espace de libertés de Bruxelles. Le nihilisme européen doit être surmonté. C’est le fameux sens tragique de la vie caractéristique de la civilisation européenne : ce sont les hommes qui donnent un sens à leur propre histoire. Conscients de la nécessité des « alliances à nouer, dans la clarté, sur des valeurs communes » les laïques européens lancent ainsi un débat multiforme sur la culture européenne et ses conséquences dans l’ordre politique. Au delà des notions de démocratie, de république, le principe fondateur de souveraineté du peuple trouve selon un grand nombre d’Européens son aboutissement dans le socialisme ainsi que le décrivait Elie Halévy dans son Histoire du socialisme européen (Gallimard Collection Idées). Beaucoup y voient la réalisation de l’aspiration à une Europe des peuples.