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La France s’ennuie. Fort heureusement l’actualité nous apporte une distraction avec l’éviction d’une porteuse de « burqini » qui prétendait se baigner dans une piscine municipale. A la suite du déferlement médiatique ayant couvert cette grave affaire, on ose à peine rappeler ce qu’est un « burqini », parfois transcrit en « burkini » ou « burquini ». Il s’agit d’une tenue de bain musulmane dont le modèle a été créé en 2006 par une styliste australienne d’origine libanaise, Aheda Zanetti. On en trouve des spécimens sur son site www.ahiida.com . Contraction de « burqa » et de « bikini », le mot burqini est une marque déposée. On utilise aussi dans les pays anglo-saxons le mot « Hijood », contraction de « hidjab » et de « hood » (capuche, à l’instar de Robin Hood, Robin des bois). Le succès a été au rendez-vous, et 9000 exemplaires ont été vendus dès janvier 2007. D’autres vêtements de sport (kimonos…) ont été créés dans la même veine et des succursales ouvertes dans plusieurs autres pays. On peut bien sûr commander ces burqinis sur internet.
C’est donc ainsi vêtue qu’une musulmane, Carole, s’est présentée le 27 juillet à la piscine intercommunale d'Emerainville, en Seine-et-Marne. Comme chacun le sait, elle s’est vue interdire la baignade. Le quotidien « Le Parisien » a mis en ligne sur son site le témoignage de l’intéressée. Elle se défend de tout prosélytisme religieux ou politique. De son côté, Daniel Guillaume, vice-président du syndicat d'agglomération nouvelle du Val-Maubuée, qui gère les piscines du secteur, affirme que les employés ont correctement appliqué un "règlement en vigueur dans toutes les piscines, qui interdit la baignade habillée". Dans la polémique qui a rapidement suivi, la laïcité n’a guère été évoquée. Aristide Briand et Jean Jaurès auraient d’ailleurs été bien étonnés qu’elle soit mobilisée pour réglementer des tenues de baigneuses fort proches de celles de leur époque.
Le débat s’est positionné sur les notions d’hygiène, de pudeur, voire de culture. C’est par hygiène que les shorts et autres bermudas sont interdits par les règlements de la plupart des piscines. Il s’agit d’éviter qu’un vêtement porté dans la journée soit utilisé. Il faut une tenue spécifique pour se baigner. En revanche, rien n’est déterminé dans sa forme. Un excellent blog nous propose une petite histoire de ces diverses tenues, depuis celle que portait la duchesse de Berry en 1830, en passant par l’invention (française !) du bikini en 1946, jusqu’aux modernes combinaisons intégrales permettant d’améliorer entraînement et compétition. Si la tenue est réservée exclusivement au bain et confectionnée dans un matériau approprié, l’hygiène est respectée.
Ce sont donc bien des conceptions de la pudeur qui sont en question, et, plus profondément, la légitimité de la conception musulmane à s’exprimer sur le territoire français. Le contenu de très nombreux sites, blogs et forums le montre explicitement. Jean-Claude Bologne a montré dans son « Histoire de la pudeur » (Editions Olivier Orban, 1986) combien elle varie. En particulier, depuis l’Antiquité, on s’est très longtemps baigné nu. Cet usage n’a été que récemment repris, sur certaines plages et piscines, à la suite d’une période de pudibonderie extrême. La tendance actuelle porte à la réduction de la surface de textile employé. C’est ce qui heurte les musulmans les plus pratiquants. Quelle place faut-il leur accorder ? L’invention du burqini est en soi une innovation, une adaptation au monde européen. Est-il bon, pour tous, de se focaliser, sur un aussi mince problème ? Peut-être parce qu’il renvoie à une autre question, plus large, décisive : comment vivre ensemble ?
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