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" Démocratie, c’est démopédie » Pierre-Joseph Proudhon
Pour les républicains, la question de l’Ecole est décisive. Elle ne se réduit pas à la « question scolaire » comprise comme le refus du financement public de l’enseignement privé. La question de l’Ecole est plus large et plus profonde. Pour que le peuple soit souverain, il faut qu’il soit éduqué. Il faut former des citoyens et pas seulement instruire de futurs salariés dotés de compétences purement techniques. Tout enfant, devenu élève, doit disposer d’un temps et d’un espace réservés, en retrait de la vie sociale, pour mieux avoir le loisir de comprendre cette vie sociale. Régis Debray n’hésitera pas à qualifier ce temps et cet espace de « sacrés ». Proudhon liait le règne du peuple, la démocratie au vrai sens du terme, à son éducation, qu’il appelait « démopédie ». Ce thème est une constante majeure. On peut au moins remonter à L’Esprit des Lois de Tocqueville « C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation » et au Contrat social de Jean-Jacques Rousseau « C’est l’éducation qui doit donner aux âmes la forme nationale », c’est-à-dire former des citoyens.
Condorcet offrira la grande synthèse théorique sur l’Ecole républicaine dont le but est « de rendre la raison populaire ». Il la développe dans plusieurs Mémoires et dans son Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique devant l’Assemblée nationale les 20 et 21 avril 1792. Ce combat est le fondement même, le cœur, de l’action constante menée par la Ligue de l’Enseignement depuis 1864 en Belgique, 1866 en France. Il s’agit de politique au sens noble du terme. Pour Jean Macé « L’instituteur ne fait pas des élections, il fait des électeurs ». Edgar Quinet reprend ces thèmes dans un tonique essai « L’enseignement du peuple », appelé avec humour « mon bréviaire » par Jules Ferry. Celui-ci y trouvera l’inspiration profonde des grandes lois fondant l’Ecole républicaine de 1879 à 1886. A la même époque Ferdinand Buisson coordonne le monumental « Dictionnaire de pédagogie ». Au tournant du siècle, le philosophe Jules Barni trouvera les mots justes pour désigner la « République enseignante », la République « institutrice du peuple ». A la Libération, le fameux Plan Langevin-Wallon tentera de lui donner une nouvelle vigueur.
Pourtant, l’Ecole est aujourd’hui en crise. Chacun le constate. La « régénération » du peuple grâce à l’Ecole, ambitionnée par les hommes de la Révolution, ne fut pas un vain mot. Mais cet élan, cette volonté politique, semblent s’épuiser. Certes un grand nombre d’enseignants restent imprégnés de Montaigne pour lequel instruire c’est « allumer un feu », « instituer » un enfant, justifiant ainsi le beau nom d’instituteur. C’est l’esprit du Métier, celui de « l’école libératrice ». Mais on lui reproche de ne pas avoir réussi dans son entreprise de créer une « méritocratie » républicaine et même de favoriser la reproduction des inégalités sociales. De plus, la lutte contre le dualisme scolaire, instauré par le financement de l’enseignement confessionnel, a été perdue. Le critère confessionnel est d’ailleurs passé au deuxième ou troisième rang des motivations des nouveaux « consommateurs d’écoles ». Des formes de privatisations sournoises gagnent l’enseignement public lui-même. C’est la marchandisation de l’Ecole. C’est un phénomène mondial.
L’UNESCO chiffre à 2.000 milliards de dollars le montant annuel des dépenses éducatives dans le monde, soit un vingtième du PIB planétaire. Le secteur privé capte un cinquième de ce qu’il considère comme « le marché de l’éducation ». Partout, il s’est lancé à la conquête du reste. L’Ecole républicaine souffre de la liquidation du cadre national exigée par la mondialisation économique. Elle souffre de la négation de ses valeurs de laïcité, d’initiation à la liberté de penser, au profit du développement de la capacité des individus à « se vendre ». Elle souffre de la dévalorisation des maîtres, des savoirs généraux, en particulier de la langue française, de l’évacuation d’une authentique éducation civique. Elle souffre du fétichisme de l’apparence, des modes, des marques, de l’apparition de la violence entre enfants, des tensions ethniques…conséquences locales de la transformation globale imposée à la société. L’Ecole républicaine échoue en partie aujourd’hui à transmettre la culture et la fraternité qui la caractérisent. Cet idéal demeure pourtant un objectif concret pour beaucoup de citoyens. C’est lui qui donne un sens profond aux mots figurant dans les Constitutions de 1946 et 1958 :« L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’Etat ».
Refonder l'école pour qu'elle soit celle de tous  En 2000 la Ligue de l'enseignement lance un appel "L'Ecole que nous voulons", invitation faite à tous les acteurs de l'Ecole. Plus de 400 débats ont suivi. La Ligue adopte lors de son assemblée générale de Lorient, les 11 et 12 juin 2005, une motion "Refonder l'école pour qu'elle soit celle de tous, pour que la République laïque, démocratique et sociale tienne ses promesses !", base du document ci-joint
La Ligue organise également des évènements nationaux: - Le salon de l'Education, au mois de novembre à Paris - Les Rencontes nationales de l'Education, à Rennes - La quinzaine de l'Ecole publique "Pas d'école, pas d'avenir", chaque année à la mi-mai - Les Prix de l'innovation éducative Pour en savoir plus, la partie "Education" sur le site généraliste de la Ligue SITE
La laïcité, une doctrine de l'Éducation nationale Mémoire de DEA soutenu à la faculté de droit de Grenoble en 1995 par Fabien Collet. Ce Mémoire tente d'expliquer l'apparition et l'évolution de la notion de laïcité de l'école en France en soulignant l'utilisation doctrinale qu'en a fait l'Education nationale. Texte intégral
Honneur et gloire à l’école laïque Un chant de la belle époque, porteur de tout l'espoir et la légende laïque.
Le Plan Langevin-Wallon En 1947, le Plan rédigé par deux professeurs au Collège de France, Paul Langevin et Henri Wallon, imprégnés des idéaux de la Résistance, a voulu rendre concrets les idéaux de l’Ecole républicaine. Texte intégral sur le site de Claude Rochet, chercheur à l'Université de Versailles : Site Plan Langevin-Wallon :
L'éducation pour tous : un droit incompatible avec la logique marchande, Christian Laval, chercheur. Il s’insurge contre la dérive « libérale » de l’enseignement.
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