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de la laïcité

L'enseignement du fait religieux

Écrit par conte. Publié dans Question scolaire

Contrairement aux idées reçues, l'étude objective des faits religieux est un grand thème chez les laïques. Les actualités nationale et internationale actuelles en ont fait une grande nécessité.
De nombreux auteurs ayant illustré la pensée laïque et étudié des aspects de certaines religions : Voltaire, Renan, Jean-Pierre Vernant... Les républicains de la belle époque ont fondé, au sein de l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) la fameuse V° section, la section des sciences religieuses. C'était en 1886, au moment même où les Universités catholiques perdaient leur statut. De son coté Emile Guimet fondait le musée qui portera son nom plus tard. Il y présentait les religions dans une perspective comparatiste. En Belgique, un Institut d'Etude des Religions et de la laïcité été créé au sein de l'Université Libre de Bruxelles, fief de la laïcité militante.
Depuis une quinzaine d'années, un débat a pour thème la connaissance des faits religieux et de la laïcité comme faits sociaux au sein des collèges et des lycées. C'est à ce débat que notre dossier est consacré.

 

Depuis quinze ans diverses propositions d’enseignement des religions à l’école publique ont vu le jour. Le premier dossier destiné au grand public fut publié dans le « Monde de l’éducation » de novembre 1986. Le premier rapport officiel à l’évoquer fut celui du recteur Philippe Joutard remis au Ministre de l’Education Nationale en septembre 1989. Sous sa présidence, un important colloque est organisé en novembre 1991 à Besançon par le C.R.D.P. et la Ligue de l'Enseigenemnt sur le thème " Enseigner l'histoire de religions dans une démarche laïque".

 

Aux dossiers, aux rapports, et colloques s'est ajoutée une foule d’émissions de télévision et de radios, et plusieurs livres. On trouvera le plaidoyer le plus argumenté en faveur de cet enseignement dans « Pour une mémoire des religions » dirigé par F. Boespflug, F. Dunand et J-P Willaime (Editions La Découverte). C’est le thème d’un chapitre important du livre de Guy Coq «Laïcité et République. Le lien nécessaire » (Editions du Félin). La revue Panoramiques a présenté tous les points de vue sur le sujet dans son numéro 2, paru en 1991 et intitulé « Les religions au lycée: le loup dans la bergerie? ». Les colloques se sont également multipliés. Un des plus importants s’est tenu à l’Ecole du Louvre en 1996. Ses actes « Forme et sens. La formation à la dimension religieuse du patrimoine culturel » ont été publiés par la Documentation Française. Les deux plus récents furent organisés par La Vie et le CEVIPOF le 17 novembre 2001 et par l ‘Association des journalistes informateurs religieux les 4 et 5 décembre 2001.

 

On peut observer que le fondement de ce débat, « l’inculture religieuse », est à relativiser. Elle doit être mise en parallèle avec l’ignorance dans d’autres domaines. Une enquête approfondie sur la survivance des mythes liés à l’espace chez les Français a été menée par J-N Kapferer et B. Dubois dans « Echec à la science » (Nouvelles Editions Rationalistes). Il apparaît que prés d’une personne sur trois pense que c’est le soleil qui tourne autour de la terre! Autrefois tout le monde connaissait évidemment les rites et pratiques de sa propre religion. Mais quelles lumières avait-on sur les autres ? Ceci dit les laïques n’ont jamais été opposés à l’étude scientifiques des religions. Bien au contraire. Ernest Renan, l’auteur de La Vie de Jésus, comme Emile Guimet, fondateur du célèbre musée qui porte son nom, l’ont prouvé. Ce sont des laïques qui ont fondé la section des sciences religieuses à l’Ecole pratique des hautes études, tout comme l’Institut d’études des religions et de la laïcité à l’Université de Bruxelles.

 

Cette question a pris une nouvelle ampleur avec la remise en février 2002 du rapport de Régis Debray sur «l’enseignement du fait religieux dans l’Ecole laïque ». Ce texte sera publié ensuite par les Editions Odile Jacob et le Centre National de Documentation Pédagogique. Régis Debray est à la fois un intellectuel reconnu internationalement et un des phares du pôle républicain en France. De plus, son rapport fait suite à la publication en 2001 d’un de ses ouvrages majeurs « Dieu, un itinéraire » (Ed Odile Jacob) dans lequel il renouvelle son sujet grâce à la discipline qu’il a fondé: la médiologie. Ce Rapport est un exposé clair et complet de la question. Tous les éléments sont mis en perspective: le fait religieux est un fait sociologique qui s’inscrit dans l’histoire, la géographie, les lettres… et doit donc être intégré dans l’enseignement impartial de ces disciplines. Mais il faut « refuser de promouvoir une matière à part entière ». Les distinctions cruciales sont faites: entre catéchèse et information, entre l’approche confessionnelle et l’approche scientifique…Le monopole du sens est refusé aux religions tout en soulignant que «la laïcité n’est pas une option spirituelle parmi d’autres, elle est ce qui rend possible leur coexistence». L’effort porte donc sur la formation des maîtres à travers douze propositions « pragmatiques et modestes ».


C’est dans l’interprétation et l’application de ces propositions que la controverse se poursuit. Pour certains il y a là une tentation pour des enseignants croyants. C’est le thème du roman de René Bazin « Davidée Birot ». D’autres enseignants pourraient se référer à l’ouvrage de la grande rationaliste Jacqueline Marchand « Légendes juives et chrétiennes » (Editions du Centre d’Action Laïque de Bruxelles) voire à l’amusant « Manuel » de Pierre Gripari «Histoire du méchant dieu» (Editions l’Age d’Homme). L’examen des manuels officiels faut déjà apparaître des aspects tendancieux. Le magazine Science & Vie d’Octobre 2003 a publié un dossier sur ce thème. L’humanisme antique et l’humanisme moderne son héritier depuis la Renaissance ne sont pas toujours mis en perspective avec les grandes religions monothéistes dans les grands débats sur le sens de la vie. Des détails sont tout aussi révélateurs. Ecrire par exemple Jésus-Christ implique de croire que Jésus de Nazareth était bien le messie (Christ) attendu à son époque. Une présentation officialisée des religions, même si elle se veut scientifique, ne risque-t-elle pas de cristalliser les tensions déjà présentes dans l’école ? Comment vont se situer les élèves agnostiques ou athées ? Chacun ne va-t-il pas se voir renvoyé implicitement à ses origines ? Avec le port de signes religieux, la prise en compte des interdits alimentaires dans les cantines, les autorisations d’absence le samedi matin… l’école reflète la nouvelle société multiculturelle. Il reste que les faits religieux sont des faits. Ils appartiennent à l’histoire et pèsent sur l’actualité. L’Ecole de la République se doit de les faire connaître dans une approche laïque.

 

Liens

www.iesr.ephe.sorbonne.fr
L'Institut Européen en Sciences des Religions a été créé en 2002, sur la base du Rapport Debray. Tête de réseau, observatoire et centre de recherches appliquées, l’IESR s'appuie sur les ressources de la Section des Sciences religieuses de l’EPHE, en liaison avec les missions et les instituts français à l’étranger. Il a pour mission de constituer, dans un esprit rigoureusement laïque, un lieu d’expertise et de conseil sur la place et l’impact des questions religieuses dans les sociétés.

 

www.arelc.org
L'Association REligions Laïcité Citoyenneté (ARELC) a été créée pour développer dans un esprit laïque, principalement dans l'éducation, la connaissance du fait religieux et la réflexion sur le concept de laïcité.

 

www.enseignement-et-religions.org
Le site de la Mission Enseignement et religions, au sein de l'enseignement catholique