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de la laïcité

Les langues régionales

Écrit par conte. Publié dans Grands thèmes

La question des langues régionales vient de faire un retour remarqué dans le débat public. Malgré quelques outrances trop voyantes, venant de tous les bords, nous pouvons espérer qu’il sera fructueux. Porteuse d’une réflexion de longue date sur ce thème, la Ligue de l’enseignement se doit d’y participer.

Laïcité en Europe (4) En Tchéquie

Écrit par conte. Publié dans Grands thèmes

La Tchéquie

 

La République tchèque préside l’Union européenne durant le premier semestre 2009.

Selon un sondage réalisé par l’Institut Gallup en 2004, 63 % des Tchèques déclarent n’adhérer à aucune religion. En février 2007, le baromètre Eurostat décompte 59 % d’athées déclarés, 27,7 % de catholiques et un peu plus de 1 % de protestants. Cette proportion d’athées ou d’indifférents en matière religieuse est la plus élevée sur tout le continent européen. La question religieuse est pourtant actuellement débattue, au travers d’une polémique sur les anciennes propriétés des Eglises. Cette controverse n’est pas que de circonstance. Elle pose des questions plus profondes, comme le souligne Marie-Elisabeth Ducreux « L’histoire éclaire le paradoxe d’un peuple déconfessionnalisé, libre penseur, anticlérical, qui, au moment où naît son Etat, a choisi d’adhérer à une vision religieuse et morale de son identité » (1)


La période clé est celle de la création de l’Etat tchéco-slovaque (avec un trait d’union à l’époque) en 1918, sur les décombres de l’empire austro-hongrois. La Constitution de 1920 peut être qualifiée de laïque. Elle doit beaucoup au premier président de la République, Thomas Garrigue Masaryk. Elle garantit la liberté de conscience, l’égalité de toutes les confessions religieuses devant la loi et interdit d’imposer un culte. L’Etat verse toutefois une partie de leur salaire aux ministres de culte, qui gèrent l’Etat civil. Sous le régime communiste, de 1948 à 1990, les Eglises sont sous tutelle, et leur patrimoine immobilier nationalisé. Depuis 1990 c’est la « coopération » qui prévaut officiellement. L’Etat soutient les activités des Eglises dans le domaine de l’éducation, de la santé, des services sociaux, et les aumôneries aux armées et dans les prisons. Ce soutien est également financier : l’Etat verse globalement 35 millions d’euros par an aux différentes Eglises.

 

Le patrimoine immobilier des Eglises

Le dernier recensement, en 2001, confirme la désaffection importante à l’égard des religions. Mais, et ce n’est pas mince, 3 290 000 personnes (sur dix millions d’habitants) déclarent appartenir à une Eglise. L’Eglise catholique romaine rassemble 2.740.000 personnes ; l’Eglise évangélique des Frères tchèques 117.000 et l’Eglise tchécoslovaque hussite 100.000. Trente Eglises ou communautés religieuses et deux unions d’Eglises sont enregistrées. La plupart sont représentée dans un Conseil œcuménique qui a entamé des négociations avec l’Etat tchèque au sujet des biens confisqués sous le régime communiste.

 

Un accord semble se dégager. Une partie de ces biens seraient restitués lorsque la rétrocession est possible. Ce n’est pas toujours le cas : certains ont été vendus à des propriétaires privés, d’autres appartiennent à des collectivités locales et sont utilisés par des services publics. Une compensation financière serait versée. L’Eglise catholique demande 3,13 milliards d’euros. La communauté juive a d’ores et déjà obtenu la restitution des 150 biens immobiliers (sur 200) et attend une compensation financière pour le reste dans le cadre de la négociation générale. Le ministre des finances, Miroslav Kalousek, estime la somme totale à verser, intérêts compris, à 10,13 milliards d’euros. On comprend que l’opinion publique et une bonne partie du Parlement, où les démocrates chrétiens sont minoritaires, soient réticentes.

 

L’identité tchèque est plus nationale que religieuse

La religion, ou plutôt les religions, ne jouent plus en effet le rôle qui fut le leur dans l’histoire.Vitrail de Mucha. Cathédrale Saint Guy. Prague En Europe de l’Est, les groupes humains se sont souvent agrégés sur des bases à la fois religieuses et nationales (2). En pays tchèques l’affrontement entre catholiques et protestants fut constitutif de l’identité nationale. L’évolution historique lui a fait perdre une grande partie de son sens. La République fondée par Masaryk en 1920 était un Etat multiculturel. Les 6,7 millions de Tchèques représentaient 51 % de la population. Les 2 millions de Slovaques, 14,5 %. Les Allemands étaient près de 3 millions, les Hongrois 700.000 et les Juifs (tchèques ou allemands) 91.000.

 

Les Juifs ont été exterminés, dispersés ou assimilés. On en compte 3.000 à Prague aujourd’hui. L’ouvrage d’Angello Ripellino « Praga magica » (Editions Plon) et le tourisme autour du quartier juif maintiennent leur culture. Après la guerre 2,5 millions d’Allemands furent expulsés. La dictature nazie avait utilisé leur présence séculaire dans la région des Sudètes pour justifier l’invasion de la Tchécoslovaquie. Le roman d’Ilse Tielsch « La Pyramide » (Editions Phébus) évoque ce drame. Et en 1993, la Slovaquie (où se trouve la minorité hongroise) et la Tchéquie se séparent « à l’amiable ». Aujourd’hui, la population de la République tchèque est tchèque à 94 %. L’immigration est faible, en provenance d’autres pays slaves. Et on dénombre tout au plus 10.000 personnes de confession musulmane. L’Etat pluriethnique des années vingt est devenu un Etat mono-culturel. Et la religion inutile dans la définition de l’identité nationale.

 

(1) « La Question tchèque exorcisée ? » in « La religion à l’Est Sous la direction de Patrick Michel Editions du Cerf.
(2) Histoire des pays tchèques et slovaques. Antoine Marès. Editions Hatier

Laïcité en Europe (3) La Laïcité au pays des papes

Écrit par conte. Publié dans Grands thèmes

La Laïcité au pays des papes

Chaque année, le 17 février, les militants laïques italiens commémorent le supplice de Giordano Bruno, devenu figue emblématique de la liberté de penser. Cette cérémonie, jugée quelquefois désuète, voit sa pertinence confirmée par l’actualité des questions laïques dans le pays. Peu avant l'été 2007 la Commission européenne a procédé à une demande d’informations sur le régime fiscal de l’Eglise catholique auprès du gouvernement italien. Beaucoup plus médiatisée, une décision de la Cour de Cassation acquittant des parents musulmans coupables de sévices sur leur fille trop "occidentalisée" a suscité de vives réactions. Le 3 novembre 2009, la Cour européenne des droits de l'Homme justifie le retrait de crucifix dans une école publique. La requérante, Mme Soile Lautsi, alléguait que l’exposition de la croix dans les salles de classe de l’école publique fréquentée par ses enfants était une ingérence incompatible avec la liberté de conviction et de religion ainsi qu’avec le droit à une éducation et un enseignement conformes à ses convictions religieuses et philosophiques. Arrêt de la CEDH. Cette affaire a été suivie d'une proposition incongrue du groupe de l'Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen défendant le principe de susidiarité, pourtant non remis en question, et affirmant « le respect de la liberté des Etats d’afficher publiquement tout symbole religieux ».

 

Le poids de l’Eglise catholique

Benoit XVISuivant la formule traditionnelle les Italiens ont " le pape à la maison ". L’Eglise catholique occupe une place culturelle, politique et sociale énorme dans la vie italienne. La société est toutefois de plus en plus sécularisée. L’Italie compte 228 diocèses, 26 000 paroisses (dont 13 000 de moins de mille habitants) et 38 000 prêtres. Crise des vocations : ils sont deux fois moins qu’en 1978. La fréquentation des églises a aussi notablement baissé. Ces trente dernières années, on considérait que les catholiques pratiquants représentaient 35 % de la population. Selon une étude commandée par le patriarcat de Venise et publiée dans la revue Polis, ils ne seraient plus que 20 %. Et tous ceux qui prétendent aller à la messe ne s'y rendent pas toujours. La pratique du mariage religieux faiblit, et 500 000 couples vivent en union libre. Le catholicisme connaît une notable diversification interne, avec une gamme allant de l’Opus Dei à des contestataires tels que Noi siamo Chiesa (Nous sommes aussi l’Eglise) et la Rosa Bianca (la Rose blanche)… L’actuel président du Conseil des ministres, Romano Prodi, se déclare " catholique adulte " tout en promouvant le DICO (analogue au PACS français).

 

La présence sociale catholique a été institutionnelle, avec les paroisses et les congrégations, jusque dans les années 60. Après le concile Vatican II, les associations de laïcs (avec un petit « c », membres non clercs de l’Eglise) bénévoles se multiplient. " Caritas " traite chaque année au moins un million de cas de pauvreté. La communauté Sant’Egidio (chargée de la diplomatie officieuse du Saint Siège) s’attache notamment à l’insertion des immigrés. L’Etat de la Cité du Vatican, qui occupe 40 ha à Rome, est au cœur d’une puissance mondiale, même si elle a perdu beaucoup de sa superbe. C’est dans son ombre que vit l’Eglise italienne. Angelo Bagnasco, archevêque de Gênes, président de la Conférence épiscopale italienne depuis mars 2007 suit fidèlement la ligne vaticane. L’Eglise s’est ainsi résolument engagée dans une campagne contre le DICO avec un impact réel touchant la moitié des Italiens. Les milieux universitaires catholiques accomplissent un travail remarquable. Le poids de l’Eglise dans la vie politique demeure, même si la fameuse Démocratie chrétienne a disparu en 1994, et Romano Prodi rivalise avec Silvio Berlusconi pour assister aux messes " stratégiques ".

 

Les relations entre les Eglises et l’Etat

L’unité nationale italienne, le fameux Risorgimento (Résurrection) s’est construite en mettant Accords du Latranfin aux Etats pontificaux. Elle se termine par l’annexion de la ville de Rome en 1870. Héritière de la Rome antique, du conflit complexe entre guelfes, partisans de l’Eglise, et gibelins, partisans de l’Empereur germanique, constituée suivant le modèle de la Révolution française, l’Italie moderne naît par l’action de républicains anticléricaux dont l’exemple le plus fameux est Giuseppe Garibaldi. Le roman " Le Guépard " de Giuseppe di Lampedusa, porté à l’écran par Luchino Visconti, décrit bien cette période décisive. Refusant le fait accompli, le pape et ses successeurs se considèreront comme " prisonniers " au Vatican et refusent la loi des garanties qui assurait, sans territoire, une existence officielle à l’Eglise. C’est en 1929 que Benito Mussolini signe avec la papauté les Accords (ou Pacte) du Latran, qui comprenaient un traité politique créant l’Etat de la Cité du Vatican, une convention financière au profit de ce nouvel Etat et un concordat, traité international entre le Vatican et l’Etat italien. Il faut bien distinguer cet Etat et le Saint Siège qui une instance internationale habilitée notamment à signer des traités (dont les concordats). C'est, par exemple, avec le Saint Siège que la République française a rompu (en 1904) puis repris (en 1921) les relations diplomatiques.

 

En 1947 une nouvelle Constitution est adoptée. Elle déclare dans son article 7 " l’Etat et l’Eglise catholique indépendants et souverains " tout en intégrant les Accords du Latran avec l’aval du Parti communiste alors puissant. L’article 19 de la Constitution stipule " Chacun a le droit de professer librement sa foi religieuse, sous quelque forme que ce soit, individuelle ou collective, d’en faire propagande et d’en exercer le culte en privé ou en public, pourvu qu’il ne s’agisse pas de rites contraires aux bonnes mœurs ". En revanche le " blasphème " est interdit par le Code pénal (article 724). Les Accords du Latran ont été revus en 1984. Ils affirment " Les principes du catholicisme font partie du patrimoine historique du peuple italien " sans qu’on puisse distinguer s’il s’agit d’un constat ou d’une prescription.

 

Cette révision précise que l’Etat continuera l’enseignement de la religion dans les écoles publiques. Cet enseignement est contrôlé par l’Eglise mais est censé ne pas être prosélyte. Il peut faire l’objet de dispenses. Il existe un enseignement confessionnel, relativement faible, qui touche environ 7 % de la population scolaire, surtout dans les classes maternelles. Le ministre de l'Intérieur a évoqué la question des écoles privées dispensant des cours en arabe le 5 janvier 2007. Il a souhaité qu'un "contrôle de l'Etat soit exercé sur le personnel employé par ces écoles, afin de vérifier notamment l'application des "critères de qualité". Des propositions et des polémiques sont nées autour du port de signes religieux, qui reste libre.

 

Le ministre de l'Intérieur s'est également prononcé en janvier 2007 pour un meilleur contrôle du financement de la construction des mosquées. Il a avancé l’idée d’une Fondation qui contrôlerait la provenance et l'utilisation des fonds. Le mariage religieux (catholique, vaudois…) a valeur civile. Le divorce est possible depuis une loi de 1970. C’est à l’occasion du vote de cette loi que la Cour constitutionnelle a donné la priorité aux normes constitutionnelles sur les normes concordataires. Toutefois des crucifix décorent les salles d’écoles et de tribunaux. Le juge Luigi Tosti a entamé un combat contre cette présence depuis 2003.

 

Les contribuables peuvent attribuer 0,8 % de leur revenu imposable à l’Etat ou à une confession religieuse de leur choix. La moitié des contribuables n’exprime aucune préférence mais, d’office, huit pour mille de leur impôt est également prélevé et réparti au prorata du huit pour mille de ceux qui ont indiqué un destinataire. L’Eglise catholique étant désignée comme bénéficiaire par 36 % des contribuables, elle reçoit 72 % du montant général, soit plus d’un milliard d’euros. L'Eglise est également exemptée du paiement de la taxe foncière pour ses activités considérées comme ayant un caractère commercial, telles que l’hébergement des pèlerins. C’est sur cette situation que la Commission européenne a procédé à une demande d’informations auprès du gouvernement italien, en faisant état d’une suspicion de « distorsion de concurrence ».

Sur la base de l’article 8 de la Constitution, les cultes peuvent conclure des " intese " (ententes) avec l’Etat. C’est le cas pour les minorités protestante et juive. Les associations musulmanes n’ont pas réussi à se fédérer pour se voir reconnaître une légitimité de représentation. Des divisions nationales subsistent, la nouvelle génération émerge à peine et si les Italiens convertis sont très actifs, ils sont parfois coupé de la base. Aucune entente avec le culte musulman n’a été conclue à ce jour.

 

Une société multiculturelle nouvelle

Les médias ont mis l’islam au cœur de l’actualité à la suite d’une décision de la Corte di Cassazione (Cour de Cassation italienne). Les parents de Fatima R., une adolescente habitant la ville lombarde de Brescia, avaient été condamnés en 2003 pour séquestration et mauvais traitements. La Cour d’appel a renversé le jugement en septembre 2006. Et, le 2 août 2007, la Cour de cassation a confirmé l’acquittement. Les faits sont pourtant avérés. La jeune fille a bien été frappée pour avoir fréquenté un jeune italien, non musulman, et d'une manière plus générale, " pour vivre selon un mode non conforme à la culture " de sa famille. En 2006 le tribunal avait estimé que les parents lui avaient infligé ces sévices " pour son bien ". Ce mois-ci les magistrats ont confirmé cette analyse : Fatima R. aurait été attachée et battue par des parents de bonne foi, pour éviter qu’elle ne commette des "actes d’automutilation". la punir de " comportements incorrects " et " non par violence ". Le parquet de Bologne, qui avait contesté l'acquittement, a été débouté. Agée de 19 ans, Fatima R. se trouverait aujourd’hui dans un centre social accueillant les femmes battues.

 

La décision de la Cour de Cassation a justement choqué bien au delà des milieux militants féministes et laïques. Elle repose sur une interprétation excessive du " respect des cultures ". Ce respect ne peut en aucun cas se manifester à l’encontre des principes démocratiques les plus élémentaires. Les lois italiennes, et les Conventions européennes et internationales signées par l’Italie, affirment ces libertés fondamentales. Ce sont d’abord elles qui doivent être respectées. Au delà de ces limites le respect des cultures cesse d’être légitime et positif pour l’intégration. Il produit même l’effet inverse : un enfermement dans un particularisme absolu.

 

Par ailleurs, pour ceux qui se définissent comme musulmans, il apparaît que ce type de comportement n’est pas fondé religieusement. Mario Scialoja, président de la Ligue musulmane mondiale en Italie, commente ainsi le jugement rendu " La justice semble avoir voulu tenir compte de la religion alors que la religion n’y est pour rien. Ce qui est arrivé à la jeune fille n’est que le résultat de pratiques ancestrales, patriarcales, étrangères çà l’islam. Il y a eu chez les juges un excès de tolérance engendré par l’ignorance de l’islam. Vous ne trouverez pas un mot dans le Coran qui dise que l’on peut frapper ses enfants pour leur montrer la voie à suivre " (Le Monde 16 août 2007).

 

L’Italie est longtemps restée un pays d’émigration. Très nombreux furent les Italiens expatriés en Europe, aux USA, en Amérique latine, en particulier en Argentine, en Australie… Une immigration naît dans les années soixante, mais avant les années quatre-vingt le solde entre émigration et immigration reste négatif. La première loi sur l’immigration date de 1986. La deuxième de 1990, suivie d’une loi sur la citoyenneté en 1992. Le droit civil italien distingue nationalité et citoyenneté. La définition de la nationalité fait appel au droit du sang, jus sanginis, mais parfois aussi au droit du sol, jus soli. Les personnes pouvant démontrer qu’elles ont un aïeul italien peuvent réintégrer la nationalité italienne. Mais les habitants du Val d’Aoste (à 20 % francophones) et du Haut Adige (à 35 % germanophones) sont également Italiens.

 

Depuis les années quatre-vingt la situation a considérablement changé. En 2002 une loi encadre strictement l’entrée des étrangers. Pourtant 690 000 clandestins sont régularisés en 2003. L’année suivante, l'Italie comptait 2,6 millions immigrés, soit 4,5 % de la population. Le flux de clandestins venant de la mer va croissant, 500.000 ont été régularisés en 2006. Le pays se transforme de plus en plus en une destination d’immigration familiale. Les étrangers en situation régulière sont environ trois millions. Parmi eux le Ministère de l’Intérieur estime à 35 % le nombre de personnes originaires d’un pays musulman, soit environ 800.000 musulmans " sociologiques ". Leur nombre a doublé depuis 1993. Quelques milliers de musulmans étrangers ont obtenu la citoyenneté italienne. Les Italiens convertis à l’islam seraient également quelques milliers.

 

L’islam italien

Le taux de croyance et de pratique des musulmans en Italie fait l’objet d’estimations diverses. Une certaine sécularisation est à l’œuvre. Un colloque organisé par le Centre d’études religieuses comparées Edoardo Agnelli à Turin en 2004 a mis en évidence des " appartenances plurielles et des stratégies diversifiées ". On comptabilisait 130 mosquées et 123 centres culturels en 2006. Il n’existe pas d’instance représentative de tous les musulmans. L’organisation la plus importante est l’ Unione delle comunità islamiche d’Italia (UCOII, Union des communautés musulmanes d’Italie) qui regroupe de nombreuses associations gérant des mosquées. Le Centre culturel islamique d’Italie, qui est lié à la grande mosquée de Rome, la plus grande d’Europe, est géré par les diplomates des pays musulmans. Les Italiens convertis, tels que Mario Scialoja, jouent un rôle prédominant dans la production intellectuelle et dans les relations avec les institutions. L’association Comunità Religiosa Islamica (Communauté religieuse musulmane ) a ainsi pour vice président Yahya Sergio Pallavicini, par ailleurs président de l’Institut des hautes études islamique (IHEI, Embrun, France), en relation avec le Centro studi metafisici (Centre d’Etudes Métaphysiques, Milan, Italie). Un Conseil consultatif du culte musulman existe depuis novembre 2005. Il n'est pas l'émanation des communautés présentes sur le territoire.

 

Cette situation met en jeu à la fois des questions nationales et religieuses comme l’a montré une série de rencontres sur les musulmans d’Europe à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris en 1992 et 1993. Des actes ont été publiés sous le titre " Islams d’Europe ". Les ressortissants de pays musulmans représentent donc un tiers des étrangers, soit 800.000 personnes. Les Marocains représentent un tiers de cet ensemble et le mot " Marocchino " désignait l’ensemble des immigrés qualifiés aujourd’hui de " extracommunautaires " (non Européens). Par comparaison la moitié des Roms, qui sont environ 130.000, sont citoyens italiens. Pour mettre en perspective avec les autres religions, rappelons que les protestants sont environ 400 000, les juifs 40 000, les témoins de Jéhovah 200 000, les bouddhistes 100 000, les Vaudois (confession chrétienne née au XII° siècle) sont moins de 30.000 et les mormons 18 000.

 

Les musulmans sont dans l’œil du cyclone, surtout depuis l’attentat contre le World Trade Center (Centre du commerce mondial) le 11 septembre 2001. L’essayiste et journaliste Oriana Fallaci publie la même année " La rage et l’orgueil "qui abonde en remarques du genre : "Il y a quelque chose, dans les hommes arabes, qui dégoûte les femmes de bon goût ", ou encore : " Au lieu de contribuer au progrès de l’humanité, les musulmans passent leur temps avec le derrière en l'air à prier cinq fois par jour ". C’est un immense succès de librairie, traduit dans de nombreuses langues. Elle persiste et signe en 2004 avec " La force de la raison " sur le même thème. Plusieurs imams suspectés de complaisance avec le terrorisme ont été expulsés. Un autre a été enlevé par des agents de la CIA.

 

L’affaire des caricatures de Mahomet publiées par le journal danois " Jylland Posten " (Le Courrier du Jutland ) le 30 septembre 2005 contribue à envenimer les choses. Le ministre des Réformes Roberto Calderoli, membre de la direction de la Ligue du nord, le parti xénophobe allié du gouvernement dirigé par Silvio Berlusconi annonce s'être fait confectionner des T-shirt représentant les caricatures. Des passages du discours du pape Benoît XVI à Ratisbonne (Bavière), effectivement assez mal interprétés, le 12 septembre 2006 ont aussi nourri la controverse. L’historienne Anna Bozzo, auteure d’une des rares études de l’islam italien en langue française, relève que " l’agressivité ambiante provoque en retour des réflexes " communautaristes ", évolution qui condamne la population musulmane à " une identité négative qui pèse sur elle et sur son avenir ".

 

Les idées laïques, au sens militant où nous l’entendons en France, ne trouvent que peu de traduction politique. Si la plupart des partis sont " neutres ", il n’y a guère que les radicaux, avec des formations modestes comme le " Partito radicale " ou la " Rosa nel pugno " (La Rose au poing, radical-socialiste) pour se déclarer laïque ( laici ) et revendiquer la laïcité (Laicità). Le nouveau parti de centre gauche, le Parti démocratique (sous la houlette de Romano Prodi), en gestation cette année doit affronter en interne des revendications militantes laïques. Deux associations sont membres de l’IHEU (International humanist and ethical union, ONG des organisations laïques) : l’Association des libres penseurs italiens Giordano Bruno, fondée en 1903, elle a adopté le nom du grand philosophe brûlé en 1600, et l’Union italienne des athées, agnostiques et rationalistes, l’UAAR. La dernière assemblée générale de l’IHEU s’est d’ailleurs déroulé les 17 et 18 juin 2007 à Turin. Plusieurs colloques ayant pour thème la laïcité ont eut lieu, organisés par les radicaux ou les associations laïques. Une action internationale de soutien au juge Luigi Tosti, contre les crucifix dans les tribunaux est en cours. La réflexion spécifique sur l’apport de la laïcité dans une société multiculturelle démontre chaque jour sa nécessité.

 

Pour aller plus loin

- Le site animé par le professeur Guiseppe Casuscelli http://www.statoechiese.it/ propose une remarquable série d'articles en italien.

- Giordano Bruno Bertrand Levergeois Editions Fayard, réédition 2000
Identité catholique et identité italienne.

- L'Italie laboratoire de l'Eglise, Manlio Graziano Editions L’Harmattan, 2000
- L’islam en Italie. Problématique de la deuxième religion du pays, par Anna Bozzo, in " Islam de France, Islams d’Europe " Editions L’Harmattan. 2005.

- L’Association des libres penseurs italiens Giordano Bruno
- L’Union italienne des athées, agnostiques et rationalistes

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