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Les langues régionales

Écrit par conte. Publié dans Grands thèmes

La question des langues régionales vient de faire un retour remarqué dans le débat public. Malgré quelques outrances trop voyantes, venant de tous les bords, nous pouvons espérer qu’il sera fructueux. Porteuse d’une réflexion de longue date sur ce thème, la Ligue de l’enseignement se doit d’y participer.

Le cadre du débat

Lors de la discussion du projet de loi constitutionnelle, un débat sans vote a été organisé leDR: Tama7 mai à l’Assemblée nationale, le 13 mai au Sénat. Ces débats parlementaires se sont distingués par une certaine tenue. Le 22 mai l’Assemblée nationale adopte l’idée de l’insertion d’une phrase complétant l’article premier de la Constitution : "les langues régionales appartiennent à son patrimoine" (celui de la France). Le 18 juin, à la suite d’échanges assez virulents, le Sénat refuse le texte de l’Assemblée. Ce feuilleton parlementaire s’est conclu par l’insertion de l’Article 75-1 « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France » dans le titre XII de la Constitution traitant des collectivités territoriales. Ce débat s’est accompagné d’une floraison d’articles et de prises de position de qualité inégale.

 

La politique des langues est, pour un Etat, une des plus importantes. L’ordonnance de Villers-Cotterêts, en 1539, qui a imposé au Parlement et aux tribunaux l’usage du français, contre le latin, en est une des principales illustrations. Jean-William Lapierre souligne que « la langue n’est pas seulement un moyen de communiquer de l’information, du savoir... Elle est aussi un véhicule de transmission des symboles de la mémoire collective, provoquent les fortes émotions de la communion au même système de valeurs et de croyances» (Le pouvoir politique et les langues. Jean-William Lapierre. PUF, 1988).

 

Les conditions d’un débat fructueux

 

La première condition est celle d’un état des lieux fiable. En 1794, Henri Grégoire présente à la Convention un rapport qui deviendra célèbre « On peut assurer sans exagération qu’au moins six millions de français ignorent la langue nationale ; qu’un nombre égal est à peu près incapable de soutenir une conversation suivie ; que ceux qui la parlent n’excèdent pas trois millions ». En 1999, date d’un rapport de Bernard Cerquiglini, les soixante millions de Français parlent tous français. Deux millions d’entre eux sont bilingues et deux autres millions comprennent plus ou moins une langue régionale. La situation a changé du tout au tout.

 

La deuxième condition est celle de la mise en perspective de la situation française et de la situation mondiale. Nous disposons pour la France de bons travaux universitaires, toutefois insuffisants pour couvrir l’ensemble du champ. Il nous manque aussi des études comparatistes avec d’autres pays. La prédominance de l’anglais est un élément décisif. Les institutions internationales se sont saisies de la question et l’intègrent à celles du patrimoine immatériel et de la diversité culturelle. Des ouvrages synthétiques sont parus tels que « Ces langues, ces voix qui s’effacent » Daniel Nettle Suzanne Romaine (Editions Autrement).

 

La troisième condition est celle d’un examen objectif des grandes propositions politiques se dégageant du débat. La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, signée mais non ratifiée par la France est un texte à options dans lequel notre pays a choisi de s’engager sur les principes généraux et pour 39 mesures sur 98 proposées. Certains veulent aller plus avant, d’autres reculer. Le président de la République propose pour sa part une loi spécifique.

 

La Ligue de l’enseignement s’intéresse à la question depuis les années soixante. Une motion a été votée en 2005 à l’assemblée générale de Lorient, au cours de laquelle une diversité d’opinions est apparue. Des Fédérations se sont engagées sur le terrain. On trouvera ici l’exemple de la Ligue du Finistère. Une pleine page du mensuel de la Ligue, "Idées en mouvement", y est consacrée dans l'édition de août-septembre 2008.